Chaque matin et chaque fin d’après-midi, les principaux carrefours de Conakry se transforment en immenses salles d’attente à ciel ouvert. Faute de taxis et de minibus en nombre suffisant, des centaines de passagers patientent parfois de longues minutes avant de trouver un véhicule. Une réalité qui rythme le quotidien de nombreux habitants de la capitale.

Il est un peu plus de 17 heures. Au bord de la chaussée, une foule compacte s’est déjà formée. À chaque taxi qui apparaît au loin, des dizaines de bras se lèvent presque simultanément. Quelques personnes quittent la file pour courir derrière un véhicule qui ralentit. D’autres tentent de négocier une place avant même son arrêt. Mais, le plus souvent, les portières s’ouvrent sur un habitacle déjà plein.
Les visages se ferment. Certains consultent leur montre, d’autres soupirent ou reprennent leur place en silence. Les minutes passent, mais les véhicules restent rares.

Au milieu de cette foule, Charlotte Goumou peine à cacher son découragement. Comme beaucoup d’autres, elle attend depuis plusieurs minutes un taxi pour rentrer à Dixinn.
« Nous sommes confrontés à d’énormes difficultés. Moi, je veux aller à Dixinn, mais il n’y a pas de voiture. Tu veux entrer dans un véhicule, c’est déjà plein. On est nombreux ici, mais on ne trouve pas de véhicule. »
Autour d’elle, les témoignages se ressemblent. Plusieurs passagers expliquent consacrer chaque jour une partie importante de leur temps à attendre un moyen de transport, aussi bien le matin pour rejoindre leur lieu de travail que le soir pour rentrer chez eux.

Debout sur le bas-côté de la route, Mamadou Barry partage la même frustration.
« Pour gagner un engin, c’est très difficile, surtout le matin et vers 18 heures. Les autorités doivent réagir en mettant davantage de bus en circulation pour réduire ces difficultés et améliorer la fluidité des déplacements. »
Si les passagers dénoncent le manque de véhicules, les chauffeurs évoquent, eux aussi, des difficultés qui compliquent leur activité quotidienne.
Au volant de son taxi, Mamadou Yaya Bah estime que les embouteillages, l’état de certaines routes et les contrôles routiers ralentissent considérablement leur travail.
« Avant tout, les policiers nous fatiguent. Même si tes papiers sont au complet, il faut qu’ils te soutirent de l’argent. Ensuite, plusieurs routes sont très dégradées, notamment la T6 vers Entag Marché. À cause de cela, beaucoup de chauffeurs préfèrent éviter certains itinéraires. Il y a aussi des conducteurs qui refusent les petits tronçons comme la T7 ou la T8. Tout cela fait que les passagers attendent longtemps avant de trouver un véhicule. »
Pour recueillir la réaction des responsables du secteur, nous avons sollicité un représentant d’un syndicat des transports. Celui-ci a décliné notre demande d’entretien, expliquant que son organisation ne souhaitait plus s’exprimer dans les médias à la suite d’un différend survenu avec la RTG.

Cette situation intervient alors que le ministre des Transports, Ousmane Gaoual Diallo, a annoncé à plusieurs reprises l’arrivée prochaine de 300 taxis, dont des véhicules électriques, destinés à renforcer l’offre de transport urbain à Conakry. Sur le terrain, cependant, de nombreux usagers affirment ne pas encore percevoir les effets de cette annonce.

À mesure que la soirée avance, la foule continue de grossir aux arrêts. Chaque taxi qui s’immobilise est pris d’assaut en quelques secondes. Ceux qui réussissent à monter repartent soulagés. Les autres restent sur le trottoir, le regard tourné vers la circulation, dans l’attente d’un prochain véhicule. À Conakry, cette scène est devenue le visage quotidien des heures de pointe, révélant les difficultés persistantes de la mobilité urbaine.
Thierno Abdoulaye Diallo, stagiaire, pour Laguinee.info





