À Yimbaya Tanènè, dans la commune de Gbessia, un garage automobile s’est transformé en véritable école de formation pour plusieurs jeunes. Chaque jour, au milieu des moteurs démontés, des véhicules en panne et des outils de réparation, ils apprennent un métier qui nourrit leurs ambitions. Entre passion, patience et manque de matériel, ces apprentis s’accrochent à un même rêve : devenir un jour des mécaniciens professionnels et ouvrir leur propre atelier.

Il est un peu plus de neuf heures à Yimbaya Tanènè. Dans un vaste garage à ciel ouvert, le bruit des marteaux couvre presque celui de la circulation. Les clés à molette claquent contre les pièces métalliques, des moteurs tournent quelques secondes avant de s’arrêter, tandis que plusieurs véhicules attendent leur tour sur des cales improvisées.

Sous un capot relevé, un groupe de jeunes observe attentivement les gestes de leur maître. D’autres sont allongés sous les voitures, les mains couvertes de graisse noire, concentrés sur le démontage d’une boîte de vitesses ou d’un système de suspension. Ici, chaque panne devient une leçon, chaque réparation un exercice pratique.

Yimbaya Tanènè (Gbessia), le 25 juillet 2026. © Salématou Keïta, stagiaire pour Laguinee.info.
Parmi eux, Alpha Oumar Diallo travaille sans relâche. Depuis quatre ans, il fréquente ce garage presque tous les jours. À force d’observer, d’écouter et de pratiquer, il a progressivement gagné la confiance de son formateur.
Pour lui, tout a commencé par une passion. « J’aime la mécanique automobile. C’est moi-même qui suis allé voir mon maître pour lui demander de m’apprendre ce métier. C’est ainsi que j’ai intégré ce garage. »
Au début, il se contentait d’observer les mécaniciens expérimentés, de nettoyer les outils et de tenir les pièces pendant les réparations. Petit à petit, son maître lui a confié des tâches plus importantes. Aujourd’hui, son quotidien est bien différent.

Accroupi devant un moteur ouvert, il démonte soigneusement plusieurs éléments avant de les replacer avec assurance:
« Aujourd’hui, je peux réparer un moteur, intervenir sur la suspension et effectuer plusieurs réparations mécaniques. Je travaille régulièrement et je ne rencontre plus de grandes difficultés dans mon apprentissage. »
À chaque réparation réussie, le jeune apprenti gagne un peu plus en confiance. Son objectif dépasse désormais la simple formation.

Il rêve de posséder son propre garage, d’embaucher d’autres jeunes et de transmettre à son tour le savoir qu’il reçoit aujourd’hui.
Autour de lui, les autres apprentis partagent la même détermination. Les journées sont longues. Elles commencent tôt le matin et se terminent souvent en fin d’après-midi. Sous la pluie comme sous la chaleur, ils restent au garage, convaincus que chaque heure passée auprès des véhicules les rapproche de leur avenir professionnel.

Yimbaya Tanènè (Gbessia), le 25 juillet 2026. © Salématou Keïta, stagiaire pour Laguinee.info.
Au centre de cette formation se trouve Boubacar Sow. Depuis une vingtaine d’années, il exerce le métier de mécanicien et forme de nombreux jeunes.
Son regard suit chacun des mouvements de ses apprentis. Il corrige un geste, explique une panne, montre comment manipuler une pièce sans l’endommager.
Pour lui, devenir mécanicien ne s’improvise pas:
« Pour devenir un bon mécanicien, il faut être courageux, persévérant, rigoureux et aimer ce que l’on fait, parce que ce métier demande beaucoup d’efforts. »
Le formateur insiste également sur la discipline
Selon lui, un bon mécanicien doit apprendre à écouter, observer et respecter les consignes avant même de toucher aux moteurs.
Mais transmettre ce métier dans de bonnes conditions n’est pas toujours facile.
À plusieurs reprises, certains travaux sont interrompus faute d’équipements adaptés. Les apprentis doivent parfois attendre qu’un outil soit disponible avant de poursuivre une réparation.
Boubacar Sow regrette cette situation: « La principale difficulté à laquelle mes apprentis sont confrontés, c’est le manque d’outils de travail. Cela ralentit certaines réparations et limite leur apprentissage. »

Malgré ces contraintes, il refuse de céder au découragement.
Pour lui, le talent existe chez ces jeunes. Il ne manque qu’un meilleur équipement pour leur permettre d’aller encore plus loin: « Je suis convaincu qu’ils auront un bel avenir s’ils continuent à travailler avec sérieux et détermination. »
Au fil des heures, le garage retrouve progressivement son calme. Un véhicule quitte l’atelier pendant qu’un autre prend sa place. Les apprentis rangent les outils, nettoient les pièces et préparent déjà les réparations du lendemain.
À Yimbaya Tanènè, ce garage est bien plus qu’un simple lieu de réparation automobile. C’est un espace où se transmet un métier, où se construisent des vocations et où de jeunes Guinéens apprennent, chaque jour, à transformer leur passion en avenir.

Entre les moteurs, la graisse et les outils usés, ils bâtissent patiemment leur futur, convaincus qu’un jour, leur nom figurera à son tour sur la devanture d’un garage qu’ils auront eux-mêmes créé.
Salématou Keïta, stagiaire, pour Laguinee.info





