Depuis plusieurs décennies, Mamadou Djouma Diallo exerce le métier de forgeron. Dans son atelier situé à Sonfonia, il continue de transformer le fer en outils agricoles et en objets du quotidien, malgré les difficultés liées au coût des matériaux, à la rareté du charbon et à la concurrence des métiers modernes. Son parcours témoigne de la résistance d’un savoir-faire traditionnel face aux mutations de la société.

Le bruit du marteau frappant l’enclume résonne dans l’atelier de Mamadou Djouma Diallo. À chaque coup, le métal chauffé prend progressivement une nouvelle forme sous ses gestes précis. À Sonfonia, ce forgeron poursuit une activité qu’il exerce depuis plusieurs décennies, un métier qui a marqué toute sa vie.

L’homme raconte avoir commencé la forge à une époque où Ahmed Sékou Touré était encore président de la Guinée. À cette période, le quartier de Sonfonia était loin de connaître l’urbanisation actuelle. Les espaces naturels étaient plus nombreux et les artisans pouvaient facilement trouver le bois nécessaire à la fabrication du charbon utilisé pour chauffer le métal:
« À l’époque, la forge avait une grande importance dans la communauté. Les gens venaient chez nous pour fabriquer leurs outils de travail et leurs objets du quotidien », se souvient-il.
Dans ces années-là, les forgerons occupaient une place essentielle dans la vie des populations. Faute d’une production industrielle développée, les habitants faisaient appel à leur savoir-faire pour confectionner des machettes, des couteaux, des houes, ainsi que plusieurs équipements utilisés dans les activités agricoles et domestiques.

Pourtant, Mamadou Djouma Diallo n’est pas né dans une famille de forgerons. Son attachement à ce métier est né au fil des années, grâce à son apprentissage et à sa passion pour le travail du métal:
« Je ne viens pas d’une famille de forgerons. C’est uniquement grâce au courage et à la persévérance que je suis resté dans ce métier », explique-t-il avec fierté.
Un métier confronté à de nouvelles difficultés
Aujourd’hui, la forge traditionnelle fait face à plusieurs défis. Le manque de matières premières, la hausse du prix du charbon et la difficulté à trouver certains matériaux compliquent le travail des artisans.
Selon Mamadou Djouma Diallo, le bois nécessaire à la fabrication du charbon devient de plus en plus rare avec l’évolution de la ville. Cette situation augmente les coûts de production et réduit les revenus des forgerons.

À ces contraintes s’ajoute la concurrence des soudeurs modernes. Plus rapides dans l’exécution de certaines commandes, ces derniers attirent une partie de la clientèle.
« Nous reconnaissons que les soudeurs travaillent vite, mais il ne faut pas abandonner nos traditions au profit de la modernité. Chaque métier a son importance », affirme-t-il.
Pour lui, l’évolution technologique ne doit pas signifier la disparition des savoir-faire hérités des générations précédentes. La forge, estime-t-il, reste un élément du patrimoine culturel et artisanal de la Guinée.
Une activité qui a construit sa vie
Malgré les difficultés, Mamadou Djouma Diallo considère la forge comme une véritable source de dignité. Ce métier lui a permis de prendre en charge sa famille et de construire son parcours.
« Grâce à ce travail, j’ai pu construire ma maison et obtenir ce que j’ai aujourd’hui. La forge m’a beaucoup apporté », témoigne-t-il.
Au fil des années, il a également transmis ses connaissances à plusieurs apprentis. Quatre jeunes formés dans son atelier exercent aujourd’hui ce métier. Parmi ses propres enfants, l’un a choisi de suivre ses traces et continue également à pratiquer la forge.
Pour lui, la transmission reste le meilleur moyen de préserver ce savoir-faire.
Un message à la jeunesse
Après plusieurs décennies passées devant son enclume, Mamadou Djouma Diallo continue de croire à l’importance de l’apprentissage d’un métier.

Il invite les jeunes à ne pas considérer les métiers manuels comme des activités sans valeur:
« J’invite tout le monde à apprendre un métier, car c’est très important. Il ne faut pas avoir honte de ce que nos ancêtres ont fait. Un métier peut permettre à chacun de construire son avenir », conclut-il.
Dans son atelier de Sonfonia, entre le feu, le fer et le bruit du marteau, Mamadou Djouma Diallo poursuit ainsi son combat : faire vivre une tradition ancienne dans une société en pleine transformation.
Mohamed Sylla, Stagiaire pour Laguinee.info





