À Conakry, la consommation de chicha est devenue une pratique de plus en plus visible dans plusieurs espaces de loisirs. Dans certains cafés, restaurants et lieux de détente, des jeunes se retrouvent autour de cet appareil devenu un symbole de convivialité et de modernité. Les parfums fruités, l’ambiance festive et les images diffusées sur les réseaux sociaux contribuent à renforcer son attractivité auprès d’une partie de la jeunesse.

Cependant, derrière cette apparente tendance se cache une réalité préoccupante : l’accès des mineurs à la chicha reste relativement facile dans plusieurs endroits de la capitale guinéenne. Cette situation soulève des interrogations sur les risques sanitaires, le respect des règles de protection des enfants et la responsabilité des différents acteurs concernés.
Une pratique qui se banalise chez les adolescents
L’un des premiers constats est la banalisation progressive de la chicha auprès des jeunes. Contrairement à la cigarette classique, qui porte une image fortement associée aux dangers du tabac, la chicha est souvent perçue comme une activité moins dangereuse.
Cette perception est notamment liée à son aspect esthétique. Les couleurs des appareils, les différents goûts proposés et le caractère collectif de sa consommation donnent parfois l’impression d’un simple loisir entre amis.
Pour certains adolescents, fumer la chicha représente une manière de se divertir, d’appartenir à un groupe ou de suivre une tendance observée sur les réseaux sociaux. Les publications montrant des jeunes dans des cadres festifs autour d’une chicha participent à normaliser cette pratique.
Mais cette image attractive peut masquer les dangers liés à l’inhalation de fumée et à l’exposition à la nicotine.
Un accès facile qui pose question
Au-delà de la consommation elle-même, c’est la facilité d’accès des mineurs qui interpelle. Dans plusieurs espaces de loisirs, aucune vérification systématique de l’âge des clients ne semble être effectuée avant la mise à disposition des chichas.
Ainsi, un adolescent peut parfois accéder à cette pratique simplement parce qu’il dispose de l’argent nécessaire. Cette situation pose la question de la responsabilité des exploitants de lieux de consommation et des vendeurs d’accessoires liés à la chicha.
Les acteurs économiques concernés ont pourtant un rôle important dans la protection des jeunes consommateurs. La recherche de bénéfices ne devrait pas se faire au détriment de la santé et de la sécurité des mineurs.
Cette réalité interpelle également les autorités compétentes sur l’efficacité des mécanismes de contrôle et de sensibilisation.
Des risques sanitaires encore sous-estimés
L’un des problèmes majeurs reste la méconnaissance des dangers liés à la chicha. Beaucoup de jeunes pensent que cette pratique est moins nocive que la cigarette, notamment parce que la fumée passe par l’eau avant d’être inhalée.
Pourtant, les spécialistes de santé publique rappellent que ce procédé ne supprime pas les substances dangereuses présentes dans la fumée. La consommation de chicha expose notamment à la nicotine, au monoxyde de carbone, aux particules fines et à plusieurs composés chimiques pouvant affecter l’organisme.
Chez les adolescents, les risques sont particulièrement importants. À cette période de la vie, le cerveau est encore en développement. L’exposition à la nicotine peut favoriser une dépendance et influencer durablement les comportements de consommation.
Une utilisation régulière peut également entraîner des problèmes respiratoires et augmenter certains risques pour la santé à long terme.
La responsabilité des familles et de la société
La progression de la chicha chez les jeunes révèle aussi une évolution des habitudes sociales. Dans certains cas, les parents ne connaissent pas les pratiques de leurs enfants ou sous-estiment leurs conséquences.
Le manque de communication entre adultes et adolescents peut laisser ces derniers chercher leurs informations principalement auprès de leurs amis ou sur internet.
La lutte contre ce phénomène ne peut donc pas dépendre uniquement des autorités. Elle nécessite une implication collective des familles, des établissements scolaires, des associations de jeunesse et des professionnels de santé.
L’objectif doit être de mieux informer les jeunes sur les risques afin qu’ils puissent faire des choix éclairés.
Une réglementation qui nécessite une application effective
La question ne concerne pas uniquement l’existence de règles, mais surtout leur application sur le terrain. Sans contrôles réguliers, les mesures de protection des mineurs restent difficiles à faire respecter.
Les autorités doivent renforcer les actions de sensibilisation et veiller au respect des dispositions existantes dans les lieux où la chicha est proposée.
Les exploitants, de leur côté, doivent également prendre leurs responsabilités en évitant de permettre l’accès aux mineurs.
Un phénomène de société qui appelle une réponse collective
La consommation de chicha chez les mineurs à Conakry ne doit pas être considérée uniquement comme une nouvelle tendance ou un simple phénomène de mode. Elle constitue un sujet de santé publique et de responsabilité sociale.
Si certains adolescents y voient un moment de détente et de partage, les risques liés à cette pratique nécessitent une meilleure sensibilisation. La priorité n’est pas seulement de sanctionner, mais surtout de prévenir et de protéger les jeunes face à une consommation dont les conséquences peuvent apparaître avec le temps.
Face à cette réalité, la mobilisation des autorités, des familles et de l’ensemble des acteurs sociaux apparaît indispensable pour mieux encadrer le phénomène.
Salématou Keïta, stagiaire, pour Laguinee.info





