À l’occasion de la 140ème édition de la Journée internationale des Travailleurs, le Secrétaire général du Syndicat National de l’Éducation, Michel Pépé Balamou, a prononcé un discours empreint de détermination et de revendications. Entre suspension de grève maintenue, arriérés de salaires, blocage des primes et appel à la cohésion syndicale, le SNE a dressé un état des lieux sombre des conditions de travail des enseignants guinéens.
Ce 1er mai 2026, le Syndicat National de l’Éducation n’est pas venu faire la fête. Il est venu faire le bilan. Dans un discours prononcé au nom du Bureau national du SNE, le Secrétaire général Michel Pépé Balamou a pris la parole avec, selon ses propres termes, « une émotion teintée d’une profonde détermination ». Un discours qui résonne comme un cri d’alarme adressé au gouvernement guinéen, au moment même où la Guinée célèbre la 140ème édition de la Journée internationale des Travailleurs.
« L’enseignant n’est pas un simple prestataire»
Avant d’entrer dans le vif des revendications, Michel Pépé Balamou a tenu à replacer cette journée dans sa dimension historique et symbolique. « Nous commémorons aujourd’hui le sacrifice des ouvriers de Chicago qui, en 1886, se sont levés pour exiger la dignité : la journée de huit heures. Depuis 140 ans, cette date est le symbole de la résistance face à l’exploitation », a-t-il rappelé.
Pour lui, cette célébration est l’occasion de réaffirmer une conviction fondamentale : « Le travail n’est pas une marchandise, et l’enseignant n’est pas un simple prestataire, mais le socle sur lequel repose l’avenir de la Nation Guinéenne. »
Un quotidien décrit comme un « chemin de croix »
Le tableau que dresse le Secrétaire général du SNE sur les conditions réelles des enseignants guinéens est particulièrement sombre. Face à l’inflation et à la cherté de la vie, Michel Pépé Balamou pose une question directe : « Comment peut-on demander à un pédagogue de nourrir l’esprit des enfants de la République quand lui-même peine à nourrir sa propre famille ? »
Il décrit des classes surchargées, dépourvues de matériel didactique de base, avant de lancer cette formule : « L’enseignant guinéen est un magicien qui doit produire des résultats d’excellence avec des moyens d’indigence. »
Une liste de griefs précise
Le Secrétaire général détaille point par point les manquements qu’il reproche au gouvernement. Le blocage injustifié des salaires et le non-paiement des primes d’incitation et arriérés de salaire. L’opacité dans le reclassement des enseignants. L’incertitude des enseignants admis à la retraite en décembre 2025, qui attendent toujours leurs arrêtés de sortie. Le mépris des cadres du système éducatif privés de leurs primes de fonction.
Pour les enseignants des collectivités locales, la situation est décrite comme encore plus critique. Le SNE pointe notamment « le calvaire des 10 000 enseignants cumulant 9 mois d’arriérés de salaires », le non-engagement des contractuels communaux et ceux de la zone spéciale de Conakry, ainsi que le non-respect des 25% d’augmentation de la valeur monétaire du point d’indice et le refus d’octroyer les quatre échelons aux enseignants communaux, pourtant accordés par le Président de la République à l’ensemble des fonctionnaires.
La suspension de grève maintenue, mais sous conditions
Le Secrétaire général a tenu à clarifier la position du syndicat sur la suspension du mouvement de grève décidée depuis le 1er décembre 2025. « En saisissant la main tendue du gouvernement, nous n’avons pas abdiqué. Au contraire, nous avons procédé à une saine appréciation des réalités du moment, en tenant compte des rapports de force et, par-dessus tout, des intérêts supérieurs de nos mandants », a-t-il expliqué. Avant d’avertir : « La suspension n’est pas une fin. La veille syndicale reste permanente. »
Le SNE réaffirme son engagement au sein des trois commissions techniques en cours : celle chargée du traitement des listes des enseignants contractuels communaux, celle examinant les arrêtés de nomination des cadres, et celle poursuivant la révision du Statut particulier des personnels de l’Éducation.
Un appel solennel au gouvernement
Michel Pépé Balamou a conclu son discours par un message direct aux autorités. « L’éducation est une priorité qui ne doit pas s’arrêter aux discours. Investir dans l’enseignant, c’est investir dans la stabilité et le développement de la Guinée », a-t-il lancé, demandant une revalorisation substantielle des primes et le respect strict des engagements pris.
Il a également interpellé le gouvernement sur la liberté syndicale : « Nous lançons un appel solennel au gouvernement, celui d’être à équidistance des organisations syndicales. Respectez l’article 3 de la Convention 87 de l’OIT sur la liberté syndicale. Le favoritisme est le poison de la paix sociale. »
Laguinee.info
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