Le rapport du Conseil National de la Transition de mars 2026 dresse un bilan alarmant des entreprises publiques guinéennes : sur 81 sociétés examinées, 59 affichent un résultat nul. Sur les 26 sociétés qui pouvaient verser des dividendes, seules 14 l’ont fait. Le CNT recommande au gouvernement de restructurer ou de supprimer les entreprises non rentables.
Les chiffres sont sans ambiguïté. En novembre 2025, sur 81 sociétés publiques et mixtes examinées par les cadres de la Direction Générale du Patrimoine de l’État et des Investissements Privés, 59 affichaient un résultat nul, soit 72,84%. Parmi ces 59 sociétés déficitaires, 22 sont des entreprises 100% publiques, entièrement détenues par l’État guinéen.
Ces données figurent dans le rapport N°009 de la Commission du Plan, des Affaires Financières et du Contrôle Budgétaire du CNT, présenté en mars 2026 par le Rapporteur Général Honorable N’Gouamou Fabara Koné.
Des dividendes disponibles mais non versés
Au-delà des sociétés déficitaires, le rapport pointe un autre dysfonctionnement. Sur les 81 sociétés examinées, 26 étaient en mesure de verser des dividendes à l’État. Seules 14 l’ont effectivement fait, soit 17,28% du total.
Le rapport décrit la situation en ces termes :
« Sur un total de 1 022 Mds de dividendes effectivement disponibles, les sociétés ont décidé de ne payer que seulement un montant de 608,89 Mds, laissant ainsi un gap à encaisser, à l’époque, de 413,92 Mds sans raison aucune. »
413 milliards de francs guinéens disponibles, non versés, sans justification. Le rapport précise toutefois que grâce à l’implication personnelle du Président de la République, le niveau de recouvrement a augmenté de 284,11 milliards. Le CNT prend acte de cette avancée et invite le gouvernement à poursuivre les efforts pour récupérer les 129 milliards restants.
Deux catégories de sociétés défaillantes
Le rapport établit une distinction importante entre les sociétés qui ne versent pas de dividendes par incapacité économique réelle, et celles qui refusent de le faire sans raison apparente :
« Il est à noter que le non-paiement des dividendes résulte pour certaines entreprises publiques d’un manque de résultat économique et pour d’autres, d’un refus manifeste qui reste incompréhensible. »
Cette distinction est importante. Dans le premier cas, c’est la performance économique de l’entreprise qui est en cause. Dans le second, c’est une question de gouvernance et de discipline financière vis-à-vis de l’État actionnaire.
Le CNT préconise restructuration ou suppression
Face à ce bilan, le Conseil National de la Transition ne se limite pas à des observations. Il formule des recommandations fermes :
« Le CNT recommande au Gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour supprimer ou restructurer les entreprises publiques qui ne sont pas rentables, pour une gestion plus efficace et efficiente. »
L’institution insiste également sur un point de gouvernance fondamental. Elle souligne que « la maîtrise effective des entreprises publiques par l’État dépend de la mise en place et du bon fonctionnement des Conseils d’Administration » et exhorte le gouvernement à veiller à leur installation, à garantir la tenue régulière de leurs sessions et à exiger le paiement systématique des dividendes.
Une fatalité à combattre
Le rapport du CNT rejette l’idée selon laquelle le déficit chronique des entreprises publiques serait une réalité inévitable en Guinée :
« L’idée que les sociétés publiques soient toujours déficitaires n’est pas et ne doit pas être une fatalité. Pour inverser cette tendance, le CNT invite Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, à prendre à bras le corps cette problématique. »
Laguinee.info







