Le rapport du Conseil National de la Transition de mars 2026 révèle que la Guinée ne dispose toujours pas des équipements nécessaires pour mesurer avec précision la quantité et la qualité des minerais qu’elle exporte. Une lacune dénoncée depuis plusieurs années, qui contraint l’État à se fier uniquement aux déclarations des sociétés minières pour évaluer ses recettes.
Un pays minier qui ne peut pas peser ses propres minerais. Le constat est posé noir sur blanc dans le rapport N°009 de la Commission du Plan, des Affaires Financières et du Contrôle Budgétaire du CNT, présenté en mars 2026 par le Rapporteur Général Honorable N’Gouamou Fabara Koné.
Un constat qui se répète d’année en année
Ce n’est pas la première fois que le CNT soulève cette question. Le rapport le précise d’emblée :
« Le CNT a réitéré, comme déjà mentionné dans son rapport sur le Document d’Orientation Budgétaire 2025-2027, l’absence d’équipements adaptés permettant à la Guinée de mesurer avec précision la quantité et la qualité des minerais extraits et exportés», mentionne le rapport.
D’une année à l’autre, le même problème est signalé. D’une année à l’autre, aucune solution concrète n’a été mise en place. Deux équipements sont précisément identifiés comme manquants : des ponts bascules opérationnels aux points d’exportation, et un laboratoire international de référence des mines permettant d’évaluer la qualité des minerais exportés.
Comprendre l’enjeu pour le citoyen ordinaire
Pour mesurer concrètement ce que cela signifie, voici comment fonctionne le système actuel.
Lorsqu’une société minière exporte de la bauxite ou du minerai de fer, elle déclare elle-même la quantité exportée et la qualité du minerai. C’est sur la base de ces déclarations que l’État calcule les taxes et redevances dues. Sans équipements indépendants de mesure, l’État guinéen n’a aucun moyen de vérifier si ces déclarations correspondent à la réalité.
C’est précisément ce que dénonce le rapport :
« Le CNT juge inadmissible qu’un pays à vocation minière comme la Guinée ne puisse ni contrôler efficacement le volume de ses ressources minières exportées, ni garantir une évaluation fiable de leur qualité. »
Une lacune qui aggrave tous les autres problèmes
Cette absence d’équipements de contrôle n’est pas un problème isolé. Elle vient aggraver les dysfonctionnements déjà documentés par ailleurs dans le même rapport.
Le rapport établit ce lien explicitement :
« Cette lacune, combinée à des exonérations fiscales, empêche la mise en place d’un système de taxation transparent, responsable et équitable pour le secteur minier. »
Autrement dit, les sociétés qui sous-déclarent leurs chiffres d’affaires, comme COBAD avec un taux d’alignement de 8,65% ou CHALCO à 29,84%, peuvent le faire plus facilement précisément parce que l’État ne dispose pas des outils pour contrôler indépendamment leurs déclarations. Les ponts bascules et le laboratoire de référence constituent donc des instruments essentiels non seulement de contrôle technique, mais aussi de vérification fiscale.
De même, les sociétés qui ne rapatrient pas leurs recettes d’exportation, dont certaines affichent un taux de rapatriement de 0%, bénéficient indirectement de cette absence de contrôle sur les volumes réellement exportés.
Ce que demande le CNT
La recommandation du CNT est précise et sans ambiguïté :
« Le CNT invite à nouveau le Gouvernement à prendre toutes les mesures nécessaires pour combler cette insuffisance, en dotant les institutions compétentes d’outils et d’infrastructures indispensables, ponts bascules et laboratoire international de référence des mines, pour une gestion rigoureuse et souveraine des ressources minières nationales. »
L’adverbe « à nouveau » dans cette formulation est significatif. Il indique que cette demande a déjà été formulée par le passé, sans résultat à ce jour.
Une question de souveraineté
Au-delà de l’aspect technique, le CNT place cette question dans un cadre plus large : celui de la souveraineté de la Guinée sur ses propres ressources naturelles. Un État qui ne peut pas mesurer ce qui sort de son sol est un État qui dépend entièrement de la bonne foi de ceux qui exploitent ses richesses pour évaluer ce qui lui revient.
Dans un secteur minier où les sous-déclarations de chiffres d’affaires atteignent parfois plus de 90%, comme dans le cas de COBAD, et où des milliards de dollars de recettes d’exportation ne sont pas rapatriés, cette dépendance à la bonne foi des opérateurs représente un risque financier considérable et documenté pour les finances publiques guinéennes.
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