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OIF : Louise Mushikiwabo en lice pour un nouveau mandat, dix mois avant le sommet 2026

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La confirmation par Kigali, ce lundi, que Louise Mushikiwabo briguera un troisième mandat à la tête de l’OIF éclaire un phénomène rarement assumé dans l’espace francophone : la personnalisation du pouvoir au sein d’une organisation censée incarner la diversité et la rotation. L’annonce tombe dix mois avant le XXe Sommet de la Francophonie à Phnom Penh, au Cambodge, alors que la fenêtre officielle de dépôt des candidatures ne se refermera que fin avril. Le calendrier n’est pas neutre. Il verrouille politiquement le terrain avant même qu’il ne soit ouvert.

Cette stratégie d’avance rappelle combien l’OIF fonctionne davantage sur des équilibres diplomatiques que sur une logique de compétition transparente. Élue en 2018 à Erevan, réélue en 2022 à Djerba, Louise Mushikiwabo bénéficie de l’appui total du Rwanda, qui vante son « bilan positif » et son approche managériale. Ancienne ministre des Affaires étrangères, formée en langues et interprétation à l’Université du Delaware, elle maîtrise le français, l’anglais et le kinyarwanda, un atout indéniable dans une organisation souvent paralysée par des clivages linguistiques internes.

Un renouvellement qui interroge sur la culture politique de l’OIF

L’enjeu n’est pas de contester les compétences de la secrétaire générale sortante, mais de questionner un système où les reconductions deviennent pratiquement automatiques. Depuis Boutros Boutros-Ghali jusqu’à Michaëlle Jean, en passant par Abdou Diouf, chaque fin de mandat a donné lieu à un ballet diplomatique plus qu’à une véritable réflexion stratégique.

La question de la relève surgit désormais au grand jour. Et ce n’est pas Kigali qui la pose, mais un ancien haut cadre de l’organisation. Dans une tribune publiée en juillet 2025, Mabiala Ma-Umba, ex-directeur de l’éducation et de la jeunesse à l’OIF, insistait :

« La République démocratique du Congo pourrait légitimement prétendre au poste de secrétaire général, à condition de présenter une candidature crédible et dotée d’un rayonnement international »,rapporte africanews.com.

Une phrase lourde de sens. Non seulement il souligne la légitimité historique et démographique de la RDC dans la Francophonie, mais il expose une vérité rarement dite : le poste de secrétaire général est devenu un rang quasi présidentiel, nécessitant une figure politique capable de faire consensus entre plus de 80 États et gouvernements membres.

Le centre de gravité francophone se déplace vers l’Afrique

Les convulsions internes de l’OIF ne sont pas anecdotiques. Elles renvoient à une transformation démographique majeure : l’avenir de la Francophonie se joue en Afrique. Et c’est là que se situe la contradiction actuelle. Alors que le continent représente la grande majorité des locuteurs francophones présents et futurs, la gouvernance de l’organisation reste dépendante de dynamiques bilatérales et de soutiens individuels plutôt que de mécanismes clairs de rotation.

L’argument d’un passage de témoin africain à un autre pays africain, en l’occurrence la RDC, n’est pas seulement continental. Il repose sur l’idée d’un recentrage stratégique. Une voix congolaise offrirait un contrepoids politique dans une institution parfois perçue comme trop influencée par les enjeux internes de quelques capitales.

Un troisième mandat : continuité ou crispation?

La reconduction anticipée de Louise Mushikiwabo place l’OIF devant un dilemme : préserver une stabilité administrative qui rassure les bailleurs ou ouvrir la voie à un souffle nouveau. En annonçant sa candidature bien avant la clôture officielle des dépôts, Kigali envoie un message clair : le match est joué avant d’avoir commencé.

Dans un contexte où les organisations internationales sont de plus en plus sommées de rendre des comptes, cette anticipation peut être interprétée comme une assurance ou comme un verrouillage. Les prochains mois permettront de mesurer si un État membre osera briser le silence et présenter une alternative crédible, au risque de heurter un consensus diplomatique souvent fragile.

Ce qui reste certain, c’est que la Francophonie traverse une zone de vérité : continue-t-elle à fonctionner par inertie politique, ou s’engage-t-elle enfin dans une dynamique de renouvellement cohérente avec son discours sur la diversité et la jeunesse ?

 

Laguinee.info 

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