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Le pays attend des idées, pas des tissus

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La campagne présidentielle pour le scrutin du 28 décembre progresse sur l’ensemble du territoire. Partout, les équipes politiques se mobilisent, les caravanes se succèdent et les messages officiels s’enchaînent. Mais le constat dominant reste inchangé : les pagnes, les t-shirts et l’argent s’imposent comme les instruments visibles de la campagne. Les dons matériels se substituent souvent aux débats sur les politiques publiques, au point de structurer une partie significative de la mobilisation électorale.

Dans plusieurs villes, le même scénario se répète. Des pagnes sont distribués par lots entiers, les t-shirts sont alignés dans les véhicules de campagne, et des sommes d’argent circulent pour attirer ou maintenir l’adhésion de certains groupes. Ces pratiques, déjà bien installées, génèrent parfois des tensions : disputes entre militants, accusations de détournement de dons, et scènes filmées qui circulent aussitôt sur les réseaux sociaux. Le tissu et l’argent semblent parfois l’emporter sur les idées et les engagements programmatiques.

L’épisode le plus commenté sur les réseaux sociaux. Une vidéo montre des jeunes refusant des t-shirts d’un candidat au motif qu’ils ne s’accompagnaient d’aucune somme d’argent. Ce geste traduit un changement notable : le matériel de campagne n’a plus, à lui seul, de valeur politique. Il est perçu comme un minimum, un préalable à un soutien conditionné. Une partie des électeurs n’attend plus un discours, mais une compensation.

Cette situation pose un défi majeur aux neuf candidats engagés dans la course. Les pagnes, les t-shirts et l’argent ne remplacent pas un projet de société. Ils ne répondent ni aux attentes dans les secteurs clés: emploi, infrastructures, santé, éducation, énergie, ni aux besoins de réformes structurelles que réclame le pays. Ils n’apportent aucune solution durable. Leur effet s’arrête au jour de distribution.

À ce stade, une exigence s’impose : les électeurs doivent réclamer des candidats des projets et des programmes sérieux de développement, capables de répondre aux défis actuels et d’orienter le pays vers des solutions viables. Le choix du futur président ne devrait pas dépendre d’un t-shirt ou d’un pagne, mais de la capacité de chaque candidat à présenter une vision claire, chiffrée et applicable pour les cinq prochaines années.

Pourtant, les pratiques matérielles dominent encore. Elles mobilisent rapidement, elles créent un effet de foule, elles facilitent les grands rassemblements. Mais elles n’apportent pas les éclairages nécessaires sur les positions des candidats concernant la gouvernance, la justice, la lutte contre la corruption, la transformation économique ou la modernisation de l’administration publique. Elles empêchent l’émergence d’un débat de fond.

Le rôle des électeurs est ici déterminant. Lorsqu’un don matériel devient la condition d’écoute ou d’adhésion, le programme passe au second plan. Le vote risque alors de reposer sur l’intérêt immédiat plutôt que sur l’analyse des orientations proposées. Une élection présidentielle engage pourtant l’avenir du pays pour plusieurs années et nécessite un choix fondé sur des critères rationnels.

La campagne actuelle devrait être l’occasion, pour chaque candidat, d’expliquer ses priorités, de détailler ses stratégies et de clarifier ses engagements. Les défis du pays exigent une réponse structurée : développement rural, industrialisation, réforme du système éducatif, amélioration des services publics, gestion rigoureuse des finances publiques, soutien à l’agriculture, encouragement de l’investissement local, modernisation énergétique. Aucun don matériel ne peut tenir lieu de politique publique.

À mesure que les jours passent, une question centrale demeure : les débats de fond prendront-ils le dessus sur les distributions matérielles ? Les candidats accepteront-ils de recentrer leurs interventions sur les enjeux essentiels ? Les électeurs mettront-ils enfin le contenu avant la compensation immédiate ?

L’élection du 28 décembre offre l’occasion de clarifier cette relation entre candidats et citoyens. Elle peut renforcer la démocratie si le vote repose sur les projets. Elle peut l’affaiblir si les pratiques momentanées restent la norme. Les semaines restantes permettront de mesurer si la campagne s’oriente vers un débat programmatique ou si elle demeure enfermée dans des schémas dont l’impact, bien que visible, reste strictement temporaire.

Au-delà des objets distribués, c’est la qualité du choix électoral qui est en jeu. Une campagne gagne en crédibilité lorsque les citoyens demandent des comptes, exigent des propositions cohérentes et se déterminent sur la base de programmes solides. C’est à ce prix qu’un pays peut espérer engager des transformations durables.

La Rédaction de www.laguinee.info 

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