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Permis de conduire pour motos : le ministre Ousmane Gaoual a-t-il fait rétropédalage ?

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Le lancement du permis de conduire biométrique pour les motocyclistes, catégories A et A1, devait marquer une avancée dans la structuration du transport à moto en Guinée. Mais l’annonce du ministre des Transports, Ousmane Gaoual Diallo, a très vite suscité un débat nourri, au point que certains observateurs y voient déjà un rétropédalage.

Dès l’annonce de l’entrée en vigueur de la mesure, le 29 novembre, les critiques se sont multipliées. Plusieurs juristes et acteurs du droit ont dénoncé une décision « illégale », estimant qu’un ministre n’a pas compétence pour instaurer une obligation relative au permis de conduire pour une catégorie entière d’usagers. Selon eux, seule une décision prise par décret présidentiel peut fonder juridiquement une telle obligation. Une prise de position qui a immédiatement fragilisé la démarche gouvernementale sur le terrain du droit.

À cela s’est ajouté un reproche d’ordre politique et social. Les détracteurs ont rappelé qu’à l’approche de la présidentielle, une mesure touchant à un secteur aussi sensible, celui des motocyclistes, méritait davantage de prudence. La moto reste aujourd’hui le moyen de déplacement le plus utilisé dans le pays. Elle représente aussi, pour une grande partie de jeunes diplômés sans emploi, une option de survie économique. Dans un contexte marqué par la précarité, l’introduction d’un permis obligatoire et payant a été perçue par certains comme une pression supplémentaire sur une catégorie déjà vulnérable.

Face à ces contestations, le ministre a recentré son discours sur l’argument sécuritaire. Selon lui, les deux-roues sont impliqués dans près de 40 % des accidents enregistrés dans les hôpitaux guinéens. « Chaque jour, ce sont des dizaines de jeunes qui laissent leur vie en voulant se construire un avenir. Un gouvernement responsable ne peut rester immobile devant une telle hécatombe », a-t-il déclaré. Pour Ousmane Gaoual Diallo, les permis et les formations associées constituent un moyen de sauver des vies et de professionnaliser un métier désormais indispensable pour des milliers de jeunes.

Mais la déclaration qui a le plus retenu l’attention est celle relative au calendrier. Alors que la mesure semblait vouloir s’imposer immédiatement, le ministre a finalement précisé que l’obligation de détenir un permis pour conduire une moto ne serait pleinement appliquée qu’en 2027 ou 2028. Une annonce qui a été perçue par certains comme un recul, voire une réponse directe aux critiques juridiques et sociales formulées dans les jours précédents.

Dans l’immédiat, explique-t-il, la priorité du gouvernement est d’organiser et de professionnaliser le secteur, avec l’introduction prochaine de cartes professionnelles pour les conducteurs de taxi-motos. Une démarche progressive, pensée pour structurer le métier sans brusquer un écosystème déjà fragile.

Cette évolution soulève toutefois une question : le ministre ajuste-t-il son discours pour tenir compte des réalités économiques et politiques, ou cherche-t-il à apaiser une contestation qu’il n’avait pas anticipée ? Entre impératif de sécurité routière, contraintes juridiques, contexte électoral et précarité socio-économique, la réforme avance désormais avec plus de prudence que ne le laissait penser son lancement.

Reste à savoir si cette transition permettra réellement de concilier sécurité, légalité et acceptabilité sociale, ou si le gouvernement devra encore revoir sa copie pour répondre aux attentes d’un secteur devenu vital pour une large partie de la jeunesse guinéenne.

Laguinee.info

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