L’appel de Mamadou Barry, secrétaire général adjoint de l’Union des Forces démocratiques de Guinée(UFDG), invitant Cellou Dalein Diallo à soutenir la candidature de Yero Baldé, a déclenché une réaction ferme, presque brutale, de la direction de la communication. Souleymane Souza Konaté, coordinateur de la cellule, a pris la plume pour dénoncer ce qu’il qualifie de dérive individuelle et de violation de la ligne officielle du parti.
Dès l’ouverture de son texte, il s’en prend directement aux voix dissidentes. Selon lui, « certains, malgré la décision claire et constante de l’UFDG de ne pas participer à la mascarade électorale en cours et de ne s’associer à aucune forme de cautionnement, persistent dans un entêtement absurde en appelant à soutenir l’un des candidats en lice ». Pour Souza Konaté, le message du président de l’UFDG ne peut pas être déformé ni instrumentalisé. Il rappelle que « le président du parti, Elhadj Cellou Dalein Diallo, a été clair et catégorique ». Ce dernier, dit-il, a réaffirmé que l’UFDG « ne participera ni de près ni de loin au parjure » et qu’elle refuse de se lier à « un processus visant à confisquer le pouvoir et enterrer la démocratie ».
Un scrutin décrit comme verrouillé de bout en bout
La réaction du responsable de la communication ne s’arrête pas à un recadrage interne. Il se livre à une critique frontale du contexte politique actuel. Pour lui, le pays se dirige vers « un simulacre d’élection dont l’issue est connue d’avance et dont le vainqueur est déjà désigné ». Il accuse le pouvoir d’avoir « fabriqué des adversaires qu’il peut balayer aisément dans une compétition verrouillée où les armes ne sont pas égales ». À ses yeux, la quasi-totalité des véritables acteurs politiques ont été neutralisés. « Les véritables concurrents et poids lourds de la scène politique, représentant à eux seuls 95 % de l’électorat, ont été arbitrairement écartés. Certains forcés à l’exil, d’autres emprisonnés. En réalité, il n’y a pas de combat, faute de combattants. »
Le coordinateur va plus loin et décrit un système verrouillé par le CNRD. « Il ne faut ni se leurrer ni se voiler la face : le CNRD façonne le processus à sa mesure, dans le seul but de créer un vide politique, d’empêcher une véritable compétition électorale et de s’assurer une victoire facile. Aujourd’hui, toutes les institutions sont mises à sa dévotion. Pour le CNRD, l’État, c’est lui. »
Un cadre légal détourné, selon l’UFDG
M.Konaté critique également la candidature du président de la transition. Il rappelle que celui-ci « se porte candidat à sa propre succession en violation flagrante de la Charte de la transition ». Il invoque aussi la Charte africaine de la démocratie, qui « interdit aux auteurs de coups d’État de se présenter dans le cadre du retour à l’ordre constitutionnel : on ne peut être juge et partie ».
Il dénonce ensuite une rupture avec les normes démocratiques usuelles. Alors que la nouvelle Constitution prévoit un organe électoral indépendant, l’organisation du scrutin est désormais confiée au ministère de l’Administration du territoire. Pour ce cadre de l’UFDG, cette évolution viole directement le texte constitutionnel. Il pointe du doigt le ministre, estimant que « son ministre, Ibrahima Khalil Condé, général de son état, a prêté allégeance au candidat Mamadi Doumbouya, auquel il doit son poste ». Et il pose frontalement la question : « Où est le devoir de réserve ? Où est la neutralité du service public?»
Une administration accusée d’être mobilisée pour le pouvoir
Dans sa déclaration, il affirme que l’ensemble des structures étatiques ont été remodelées pour servir l’exécutif. « Toute l’administration territoriale, désormais l’émanation directe du CNRD, est mobilisée pour servir ses intérêts. Les élus locaux ont été remplacés par des personnes nommées, entièrement dévouées au régime, qui font ouvertement campagne pour son candidat et rivalisent de zèle pour assurer son plébiscite. » Pour lui, croire que le CNRD aurait bâti un appareil national aussi dense avant de laisser la victoire à un autre serait « de la cécité politique ou une naïveté désarmante ».
Recadrage interne : un message coup de poing
Souleymane Souza Konaté revient ensuite à la situation interne du parti. Il rappelle que « l’adhésion à l’UFDG, comme la démission, est libre ». Mais il ajoute que « personne n’a l’autorité, la légitimité ou le mandat pour engager le parti par sa seule voix ou pour satisfaire ses intérêts personnels ». À ceux qui souhaiteraient soutenir un candidat, il propose une ligne rouge nette : « Que chacun soutienne qui il veut, mais jamais au nom de l’UFDG, ni en tentant d’entraîner avec lui des militants disciplinés et lucides, qui ont déjà démontré leur résistance à la manipulation et à la compromission. »
Il reconnaît que « certains cadres vacillent parfois », mais affirme que le parti compte désormais sur une « jeune garde déterminée, formant une véritable ceinture de sécurité autour de Cellou Dalein Diallo ». Cette nouvelle génération serait prête à « poursuivre le combat jusqu’à la victoire finale, sans trembler, sans dévier de la ligne ni trahir les valeurs du parti ».
Le rappel du précédent de 2010
Enfin, Souza Konaté explique pourquoi, selon lui, l’UFDG ne saurait envisager un soutien à Yero Baldé. « Il faut connaître l’histoire récente pour comprendre pourquoi l’UFDG ne saurait soutenir un homme qui a abusé de la confiance de son leader en 2010, a joué un double jeu et apporte aujourd’hui sa caution à une dictature en participant à une farce électorale. » Il affirme que le parti refuse de se « placer du mauvais côté de l’histoire en soutenant des imposteurs ou des usurpateurs ».
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