Le Mali et la compagnie canadienne Barrick Gold ont scellé un accord mettant fin à l’un des différends miniers les plus sensibles de ces dernières années. Au cœur de la discorde, les mines d’or de Loulo et Gounkoto, piliers de la production aurifère nationale. L’annonce, faite lundi par Barrick, marque un tournant après près de deux ans de tensions ouvertes entre Bamako et son partenaire historique.
Selon les termes de l’arrangement, Barrick versera 430 millions de dollars au gouvernement malien. Un premier acompte doit être transféré six jours après la signature. En échange, l’État malien s’engage à abandonner toutes les accusations visant la compagnie, ses filiales et ses employés. Le texte prévoit également la restitution à Barrick du complexe minier Loulo-Gounkoto, dont les autorités contestaient le contrôle.
Cet accord intervient sur fond de durcissement de la politique minière malienne. Ces derniers mois, Bamako a multiplié les signaux d’une volonté de réaffirmer sa souveraineté sur ses ressources. La nationalisation de la mine de Yatéla, suivie en mai 2024 par celle de Morila, rachetée pour un dollar symbolique, illustre cette orientation. Le communiqué conjoint des ministères des Mines et de l’Économie accusant Barrick de manquements contractuels avait d’ailleurs précédé l’escalade du conflit.
Les tensions avaient atteint un sommet en janvier, lorsque les autorités avaient saisi au moins trois tonnes d’or appartenant à Barrick, pour une valeur estimée à 250 millions de dollars. La compagnie avait répliqué en suspendant temporairement sa production, aggravant un climat déjà tendu.
Pour nombre d’observateurs, cette normalisation constitue un répit, mais elle n’efface pas les défis structurels. Le politologue Bakary Traoré met en garde : « Il faut que l’État s’assume en mettant les hommes qu’il faut à la place qu’il faut afin que la gestion soit saine et transparente ». Selon lui, la nationalisation, si elle s’inscrit dans un projet de souveraineté, implique une responsabilité accrue et une gestion rigoureuse des ressources.
L’accord conclu avec Barrick apparaît donc comme une étape vers l’apaisement, dans un contexte où la transition malienne cherche à concilier souveraineté économique, attractivité du secteur minier et stabilité politique. Reste à savoir si cette détente pourra se transformer en confiance durable entre Bamako et les investisseurs étrangers, dans un pays où l’or demeure un pilier essentiel des recettes publiques et de la stratégie de souveraineté nationale.
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