Dans un entretien avec RFI, l’ancien Premier ministre Kabiné Komara ne se contente pas d’exprimer une inquiétude environnementale. Son message, plus large, interroge la gouvernance des ressources naturelles en Guinée, avec en toile de fond une nouvelle donnée : les documents du projet Simandou ont été transmis au FMI et à la Banque mondiale, une démarche qui rompt avec des années de gestion jugée opaque.
Un environnement en crise, symptôme d’un encadrement fragile
L’ex-haut commissaire de l’OMVS décrit un pays soumis à une pression démographique et économique qui dépasse les capacités de régulation de l’État. L’« agression » contre les forêts, les sols et les cours d’eau qu’il dénonce ne serait pas seulement le résultat de pratiques locales, mais également d’un déficit d’encadrement systémique.
Selon lui, les paysages guinéens, autrefois denses et diversifiés, glissent vers des savanes dégradées. Une transformation qui révèle, au-delà des pressions humaines, le manque de politiques effectives pour sécuriser les écosystèmes.
L’orpaillage artisanal, une menace persistante mal contenue
Kabiné Komara insiste sur l’impact du secteur aurifère artisanal, accusé d’utiliser des produits hautement toxiques et d’échapper largement au contrôle public. Le cyanure et le mercure contaminent les sols et les cours d’eau, laissant penser, selon ses propos, que les dispositifs de surveillance restent insuffisants malgré l’ampleur du phénomène.
La bauxite à ciel ouvert : un modèle extractif sans filet environnemental
Avec l’exploitation bauxitique, l’ancien Premier ministre pointe un autre angle mort de la gouvernance environnementale. Les mines à ciel ouvert, très répandues en Guinée, provoquent déboisement, poussière, assèchement des sources et isolement des zones agricoles.
Il note néanmoins que l’annulation de permis non conformes peut signaler un début de redressement institutionnel.
Simandou : un projet structurant qui expose les limites du système
Le tracé ferroviaire de 650 kilomètres prévu dans le cadre du Simandou traverse toutes les régions naturelles du pays. Ce caractère transversal multiplie les risques pour la biodiversité et révèle la complexité de la gestion environnementale à grande échelle.
Kabiné Komara assure qu’une rigueur particulière a accompagné la validation des documents techniques et environnementaux. Mais il insiste : tout dépendra désormais de l’effectivité du suivi.
La révélation : un dossier longtemps verrouillé transmis aux institutions financières
La déclaration la plus marquante de l’entretien concerne la transparence du projet Simandou.
Kabiné Komara affirme que les documents ont été remis au FMI et à la Banque mondiale, permettant d’avancer sur plusieurs aspects du dossier. Pour un projet souvent critiqué pour son opacité, cette étape représente un changement notable, même si la convention minière reste inaccessible au public.
Ce geste vers des institutions internationales peut être interprété comme une tentative de crédibilisation externe, dans un contexte où la confiance interne demeure fragile.
Un cadre juridique abondant, mais peu appliqué
Kabiné Komara rappelle que la Guinée dispose d’un nombre important de lois environnementales. Le problème, selon lui, réside dans leur mise en œuvre : les décrets manquent, la coordination est insuffisante et l’action publique peine à suivre la dynamique du terrain.
Il appelle à une refonte collective du système, depuis la planification stratégique jusqu’à l’élaboration et l’application rigoureuse des textes.
Un avertissement politique déguisé
Au-delà des constats écologiques, le message de Kabiné Komara constitue un avertissement.
Il pointe une responsabilité partagée : administration, acteurs miniers, collectivités et exploitants artisanaux. Sans un engagement concret, prévient-il, la Guinée risque de perdre des ressources essentielles et de compromettre sa capacité à développer durablement son potentiel.
Par ce discours, l’ancien Premier ministre semble poser une question centrale : la Guinée peut-elle continuer à exploiter ses richesses sans refonder sa gouvernance environnementale ?
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