Après plusieurs semaines de silence, le président camerounais Paul Biya est enfin apparu en public. C’est à Maroua, dans la région de l’Extrême-Nord, qu’il a tenu son premier grand meeting depuis le début de la campagne électorale.
Dans un stade plein à craquer de partisans, rapporte africanews.com, le chef de l’État, âgé de 92 ans, a promis, s’il est réélu, de renforcer la sécurité, de lutter contre le chômage des jeunes et d’améliorer les infrastructures dans cette région régulièrement visée par les attaques du groupe Boko Haram.
« Mon objectif, mes chers concitoyens, est que chaque jeune, où qu’il soit, ait des opportunités qui lui permettent de trouver facilement un emploi ou de devenir entrepreneur », a lancé Paul Biya sous les applaudissements.
Une région stratégique, mais éprouvée
L’Extrême-Nord, majoritairement musulmane et l’une des plus pauvres du Cameroun, concentre à elle seule environ 20 % des 8,2 millions d’électeurs du pays. Elle subit depuis des années des attaques, des enlèvements contre rançon et des violences attribuées à Boko Haram.
C’est aussi une région politiquement stratégique. Deux candidats d’opposition, Bello Bouba Maigari et Issa Tchiroma Bakary, tous deux originaires de cette zone et anciens alliés de Paul Biya, y jouissent d’une forte popularité.
Une apparition remarquée après un long silence
Cette sortie publique tranche avec la discrétion observée par le président depuis le lancement de la campagne. Biya revenait tout juste d’un séjour d’une semaine en Suisse, sans communication officielle sur les raisons de ce voyage.
Connu pour ses fréquents séjours privés en Europe, souvent liés à des soins médicaux, Paul Biya laisse planer le mystère sur son état de santé, un sujet rarement abordé par le pouvoir mais régulièrement source de spéculations.
Un règne de plus de quarante ans
Au pouvoir depuis 1982, Paul Biya est aujourd’hui le doyen des chefs d’État en exercice dans le monde. Son long mandat a été marqué par plusieurs crises : l’insurrection séparatiste dans les régions anglophones de l’Ouest, des accusations de corruption généralisée et un sous-développement persistant, malgré les ressources naturelles du pays.
Selon les Nations unies, 43 % des Camerounais vivent encore dans la pauvreté, mesurée à travers l’accès à la santé, à l’éducation et au revenu.
Une opposition divisée et affaiblie
Malgré ce bilan contrasté, le président Biya reste le grand favori du scrutin prévu dimanche. L’exclusion en août dernier de son principal adversaire, Maurice Kamto, a fragilisé davantage une opposition déjà éclatée : neuf candidats sont encore en lice, sans alliance claire.
Les élections au Cameroun sont souvent entachées de soupçons de fraude et de manque d’impartialité. Plusieurs responsables de l’organe électoral ont par le passé occupé des fonctions gouvernementales. Et la suppression, en 2008, de la limitation à deux mandats présidentiels a ouvert la voie à la longévité politique du président.

À Maroua, ses partisans scandent encore son nom. Pour eux, malgré l’âge et les critiques, Paul Biya reste le garant de la stabilité d’un pays confronté à de multiples défis.
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