L’avocat et militant des droits humains, Me Thierno Souleymane Baldé, fondateur du Mouvement Citoyen pour l’Instauration de la Démocratie et le Développement de la Guinée (MIDDG), dévoile la vision politique de sa formation. Dans un entretien exclusif accordé à Laguinee.info, il détaille les grandes lignes d’un projet qu’il veut inclusif, citoyen et réaliste.
Un mouvement pour unir, pas pour diviser
Pour Me Baldé, la Guinée a besoin d’un nouveau souffle politique fondé sur la justice, la bonne gouvernance et l’égalité. Le MIDDG se veut un mouvement unificateur, loin des clivages ethniques et des calculs politiques traditionnels.
« Nous voulons être un mouvement politique différent, un mouvement unificateur qui va promouvoir la bonne gouvernance, l’équité, l’égalité devant la loi. Chaque citoyen guinéen, quelle que soit son origine régionale, ethnique ou son statut social, doit profiter des ressources que ce pays dispose », affirme-t-il.
L’avocat plaide pour rompre avec la politique identitaire qui, selon lui, a longtemps nourri les divisions et freiné le développement. « Il faut qu’on bannisse une bonne fois pour toutes l’utilisation de l’ethnie comme stratégie politique pour arriver au pouvoir. Au-delà des discours, il faut des actes concrets qui démontrent à nos concitoyens que nous avons un projet de société crédible. »
S’inspirer de l’exemple suisse pour bâtir une Guinée inclusive
Me Baldé puise son inspiration de son expérience à l’étranger, notamment en Suisse, pays qu’il décrit comme un modèle d’unité nationale malgré sa diversité linguistique. « J’ai fait mes études en Suisse, un pays très diversifié : francophones, germanophones, italophones et romanches. Pourtant, chaque citoyen suisse se considère avant tout comme tel. Et cela fonctionne, parce que chacun peut s’épanouir, quelle que soit son origine », explique-t-il.
Transposer cette vision à la Guinée est pour lui un impératif. Il souhaite faire du MIDDG un levier d’équité sociale, où chaque citoyen a les mêmes chances de réussir, sans favoritisme ni exclusion. « Il faudrait que cette égalité devienne une réalité dans notre pays, au-delà des discours politiques », souligne Me Baldé.
Une transition politique sous tension
Interrogé sur la situation politique actuelle, l’avocat dresse un constat sombre. Selon lui, la transition en cours est marquée par des restrictions des libertés et des violations des droits fondamentaux.
« C’est un environnement politique très difficile. Depuis l’indépendance, nous n’avons jamais vécu une situation pareille. Depuis la fin du régime de Sékou Touré, en passant par Lansana Conté, il y a eu des arrestations arbitraires, des assassinats, mais les gens étaient envoyés en prison. Aujourd’hui, nous assistons à des disparitions forcées, à des citoyens inquiétés pour leurs opinions », déplore-t-il.
La fermeture de plusieurs radios de grande écoute illustre, selon lui, l’état préoccupant de la liberté d’expression en Guinée. « Comment peut-on envisager de construire une société démocratique si la liberté d’opinion et d’expression n’est pas garantie ? Ce n’est pas possible. »
L’espoir d’un sursaut collectif
Malgré ce contexte difficile, Me Baldé reste optimiste. Il croit en la capacité des Guinéens à se mobiliser pour restaurer la dignité et la justice. « C’est une situation difficile, mais nous espérons, collectivement, créer les conditions qui permettront à chacun de vivre dignement et de promouvoir les droits fondamentaux de tous les citoyens », dit-il. Il appelle à une mobilisation nationale autour des valeurs de démocratie, de transparence et d’unité, qu’il considère comme les trois piliers du MIDDG.
Une alternative politique fondée sur la justice et la responsabilité
Dans un paysage politique souvent miné par les divisions et les intérêts personnels, Me Thierno Souleymane Baldé propose un chemin axé sur l’éthique et la responsabilité citoyenne. Avec le MIDDG, il veut incarner une nouvelle génération politique, consciente que la stabilité ne viendra pas sans justice et sans respect des libertés.
Le défi est immense, mais le ton déterminé de l’avocat laisse transparaître une conviction : la Guinée peut encore devenir une nation unie, démocratique et prospère à condition de rompre avec les vieux réflexes.
Ibrahima Sory Diallo pour Laguinee.info







