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Dr Faya Millimouno : opposant de conviction, pas pion de service(Ibrahima Bangaly Camara)

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Dans un contexte où la transition guinéenne cristallise critiques et inquiétudes, la place de Dr Faya Millimouno au sein du débat public suscite interrogations et polémiques. Président du Bloc Libéral, il continue de porter sa voix contre le pouvoir militaire alors que de nombreux opposants ont choisi l’exil ou ont été réduits au silence. Accusé par certains d’être un opposant « fabriqué », présenté par d’autres comme l’une des rares voix constantes face aux dérives actuelles, son engagement interroge autant qu’il divise. Dans cette tribune, Ibrahima Bangaly Camara, militant du BL, revient sur le parcours et la posture de son leader, pour éclairer un débat où la suspicion et la répression tendent à brouiller les repères. Bonne lecture !

La transition guinéenne, annoncée comme une étape de refondation, avance au pas de l’éléphant blessé : lourdement, maladroitement, et souvent à contre-courant des attentes populaires. Depuis son lancement, un constat amer s’impose : toute voix critique est systématiquement étouffée.

Les médias ? Fermés ou menacés, au nom d’une mystérieuse “sécurité nationale”. La société civile ? Surveillée de près, intimidée, muselée. Les opposants politiques ? Réduits au silence, exilés, emprisonnés ou humiliés. Dans ce décor sombre où la peur devient un instrument de gouvernance, pour les uns, et une stratégie de survie, pour les autres, rares sont ceux qui osent briser le silence.

Et parmi eux, un nom ressort : Dr Faya Millimouno, président du Bloc Libéral.

Un homme debout face au pouvoir militaire

Alors que nombre de leaders politiques se sont murés dans le silence, Dr Faya continue de dire publiquement non au pouvoir militaire, non au projet de nouvelle Constitution, non à la confiscation de la démocratie.

Or, au lieu de reconnaître ce courage, certains persistent à l’accuser d’être “un opposant fabriqué”, un pion du système, une marionnette sortie des tiroirs du pouvoir pour donner l’illusion de pluralisme. Une accusation facile, répétée comme un refrain usé depuis la gouvernance d’Alpha Condé. Mais une accusation qui ne résiste pas à l’épreuve des faits.

L’éternelle suspicion : “Pourquoi pas lui ?”

Depuis que les exactions se multiplient, un discours malsain circule dans les rues, sur les réseaux sociaux, dans les débats de salon et dans l’esprit de certains ethnos:

Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré sont en exil, pourquoi pas Dr Faya ?

Foniké Menguè, Billo Bah, Habib Marouane Camara ont été enlevés, pourquoi pas Dr Faya ?

Me Mohamed Traoré et Abdoul Sacko ont été enlevés, torturés, pourquoi pas Dr Faya ?

Aliou Bah, président du MoDeL, est en prison, pourquoi pas Dr Faya ?

Cette question, répétée avec insistance, n’a rien d’innocent. Elle n’est pas non plus une curiosité naïve. Elle traduit non seulement une attente morbide, mais aussi une sorte de jalousie macabre : si les autres souffrent, pourquoi lui échapperait-il ? Si les autres paient le prix fort, pourquoi pas lui ?

Mais souhaitons-nous vraiment le malheur d’un homme simplement parce qu’il n’a pas encore été arrêté, frappé, exilé ? Depuis quand la souffrance est devenue un critère de légitimité ?

Un opposant à sa manière

Certes, Dr Faya n’est pas Cellou Dalein Diallo. Il n’est pas Sidya Touré. Il n’est pas Foniké Menguè, ni Mohamed Traoré, encore moins Aliou Bah. A-t-il vraiment besoin d’être ceux-là pour exister et pour être cru ? Faut-il qu’il soit identique à eux pour être crédible ? A ceux qui jouent à l’apologie du crime de répondre La diversité de l’opposition n’est-elle pas justement une richesse démocratique ?

D’ailleurs, posons les questions essentielles : pourquoi certains opposants ont-ils choisi l’exil ? La réponse est simple, et elle en dit long sur la nature de notre espace politique. Parce qu’on a questionné leur passé. Parce qu’ils ont été rattrapés par des dossiers qu’ils auraient préféré ignorer.

Cellou Dalein Diallo, par exemple, a quitté la Guinée lorsque le dossier de l’affaire de la flotte Air Guinée a été mis sur la table. Il a préféré partir plutôt que de répondre aux interrogations. Quant à Sidya Touré, il a pris le chemin de l’exil lorsque son domicile, situé à la Minière, a été récupéré au motif qu’il avait été construit sur le domaine de l’État. Deux hommes en fuite face à des accusations ou des contestations sur leur passé, laissant derrière eux la scène politique.

Alors que l’on s’efforce aujourd’hui d’accuser Dr Faya Millimouno d’avoir soutenu le CNRD, il convient de poser la question suivante : qui ne l’a pas soutenu au départ ? Il faut se souvenir que lorsque le CNRD a pris le pouvoir, Cellou Dalein lui-même a célébré cette prise de pouvoir. Il a dansé au siège de son parti, sous les yeux de plusieurs membres, comme pour marquer sa reconnaissance ou son approbation.

Mais là où la distinction devient évidente, c’est dans la constance. Dr Faya Millimouno, lui, a su prendre ses distances avec le CNRD. Il a refusé de trahir sa parole. Il a refusé de s’aligner sur un pouvoir par opportunisme. Cette distance n’a pas été un choix politique calculé pour se mettre à l’abri : c’était une question de fidélité à ses convictions.

Très visionnaire et courageux, quand le mandat de l’Assemblée nationale a expiré au temps d’Alpha Conde, alors que beaucoup se taisaient, Dr Faya et plusieurs membres de son parti ont organisé un sit-in pour dénoncer cette situation. Pendant ce temps, beaucoup d’opposants se sont mis à expliquer pourquoi leurs députés devaient rester à l’assemblée nationale. Inculpés sous le régime d’Alpha Condé pour ce sit-in, lui Dr Faya et 15 membres de son parti ont été jugés sous le CNRD au TPI de Kaloum. Rappelez-vous de sa déclaration répétée qui disait : « Si vous glissez, Alpha va glisser et s’il glisse, c’est le pays entier qui va tomber ». Chose dite chose faite, les députés ont glissé, Alpha aussi a glissé et le pays est encore tombé plus bas. Cet acte de Dr Faya montre, encore une fois, que sa constance n’est pas une posture : elle lui a coûté, et elle continue de lui coûter.

Ainsi, face à ceux qui cherchent à le discréditer en parlant de soutien initial ou de proximité supposée avec la junte, il faut rappeler les faits. Dr Faya Millimouno n’a jamais été opportuniste. Il n’a jamais trahi ses convictions. Et si certains se sont exilés, d’autres ont applaudi ou cédé, il est resté fidèle à sa parole et à sa mission politique.

Dr Faya assume ses combats, parfois seul contre tous. On peut critiquer ses méthodes, débattre de ses choix stratégiques, contester sa vision politique. C’est le jeu normal de la démocratie. Mais nier son engagement, le réduire à un pion fabriqué, c’est de la pure mauvaise foi.

Il ne se réjouit pas des malheurs des autres. Au contraire, il a publiquement exprimé sa solidarité envers ceux qui ont été enlevés, emprisonnés ou contraints à l’exil. Sa force n’est pas dans la comparaison, mais dans la constance.

Une dérive de nos valeurs

Au fond, ce débat dit moins sur Dr Faya que sur nous-mêmes qui l’entretenons. Nous avons laissé s’installer une logique toxique : mesurer la sincérité d’un opposant à l’aune de sa souffrance. Comme si la prison, l’exil, la torture, l’enlèvement étaient devenus des badges d’honneur. Comme si l’on ne pouvait être crédible qu’en portant les stigmates de la répression.

C’est une dérive dangereuse. La vraie question n’est pas : “Pourquoi pas Dr Faya ?”

La vraie question est : “Pourquoi tout cela continue-t-il en Guinée ?”

Pourquoi faut-il qu’un opposant soit enlevé pour qu’il soit reconnu comme tel ? Pourquoi faut-il qu’un leader politique soit exilé pour qu’on lui accorde le statut de résistant ? Pourquoi faut-il que des voix de la société civile soient brisées pour que nous admettions leur courage ?

Le rôle de Dr Faya Millimouno

Dr Faya Millimouno n’est pas un saint. Il n’est pas parfait. Mais il est debout. Debout pour dire ce que beaucoup murmurent à voix basse. Debout pour affronter les critiques et les suspicions. Debout dans un pays où la peur a réduit au silence des milliers d’autres.

On peut ne pas aimer ses discours. On peut douter de son efficacité politique. Mais nier son rôle d’opposant, ou pire, souhaiter qu’il subisse le sort des autres, c’est cautionner la logique de la dictature.

Un opposant ne se juge pas par la prison qu’il a subie, mais par la constance et la pertinence de ses idées et le courage de les défendre, même quand le prix à payer peut-être lourd.

Ce qui est en jeu

La question dépasse largement le cas de Dr Faya. Elle touche à ce que nous voulons pour notre société. Une Guinée où l’on souhaite l’enlèvement, la torture ou la mort d’un opposant, simplement pour prouver sa légitimité, n’est pas une Guinée de justice. C’est une Guinée où la haine a pris le pas sur le bon sens.

Nous devrions, au contraire, exiger que plus personne ne subisse ce qu’ont enduré Foniké Menguè, Mohamed Traoré, Aliou Bah, Habib Marouane Camara et tant d’autres. Nous devrions souhaiter que plus aucun opposant ne soit enlevé, torturé ou poussé à l’exil.

Dr Faya Millimouno n’est pas un opposant fabriqué. Il n’est pas un pion. Il est un acteur politique qui, malgré les soupçons et les campagnes de discrédit, continue de porter sa voix contre le silence imposé.

Ceux qui le traitent de marionnette se trompent d’adversaire. Le vrai combat n’est pas contre lui, mais contre un système qui, depuis trop longtemps, étouffe la liberté d’expression et piétine les valeurs démocratiques.

L’histoire retiendra que, dans une Guinée bâillonnée, certains se sont tus. D’autres ont fui. D’autres ont été réduits au silence par la violence. Et qu’un homme, Dr Faya Millimouno, a osé dire non.

La question n’est donc pas “Pourquoi pas lui ?”

La vraie question est : “Pourquoi nous acceptons encore que cela arrive dans notre pays ?”

Ibrahima Bangaly Camara

Militant du Bloc Libéral 

 

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