Sous un ciel chargé et une atmosphère électrique, Yopougon, bastion historique de l’opposition ivoirienne, a vibré ce samedi au rythme des slogans et des pas déterminés de milliers de manifestants. Objectif affiché : dire un « non » catégorique à la candidature d’Alassane Ouattara pour un quatrième mandat présidentiel.

Dès l’aube, le carrefour Sadiguiba s’est transformé en point de convergence pour des citoyens venus de divers horizons : militants aguerris, jeunes étudiants, mères de famille et retraités. Encadrés par les organisateurs, ils ont emprunté le parcours prévu de deux kilomètres jusqu’à la place Ficgayo, malgré l’interdiction formelle des autorités.

À l’initiative du Front Commun, coalition regroupant notamment le PDCI-RDA de Tidjane Thiam et le PPA-CI de Laurent Gbagbo, la marche s’est déroulée sous haute tension mais dans un esprit revendicatif assumé. « Trop c’est trop », « Non au 4e mandat » : les slogans fusaient, mêlés aux drapeaux et pancartes brandis bien haut. Au-delà du refus de cette candidature, certains manifestants ont dénoncé la présence militaire française et exigé justice pour les violences des crises passées.

L’opposition accuse le chef de l’État sortant de violer l’esprit de la Constitution, citant l’article 55 qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. La réforme constitutionnelle de 2016, interprétée par le Conseil constitutionnel comme un « reset » du compteur, reste au cœur de la discorde.
Autre motif de colère : l’exclusion de figures politiques majeures de la liste électorale, parmi lesquelles Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, Tidjane Thiam et Charles Blé Goudé. Le Front Commun, dénonçant une manœuvre politique, exige leur réintégration ainsi qu’un audit indépendant de la Commission électorale indépendante (CEI), jugée partiale.
À trois mois du scrutin présidentiel prévu le 25 octobre, la scène politique ivoirienne se crispe. Entre les rues qui grondent et les institutions qui campent sur leurs positions, la Côte d’Ivoire s’engage dans une campagne où la question de la légitimité pourrait peser aussi lourd que celle des urnes.
IAC, pour www.laguinee.info







