La récente déclaration du président ivoirien Alassane Ouattara, selon laquelle « le sens du devoir peut parfois transcender la parole donnée », continue d’alimenter le débat politique en Afrique de l’Ouest. Ce mardi, Moïse Diawara, militant du parti MoDeL d’Alloué Bah, a réagi avec fermeté, pointant une dérive éthique préoccupante.
« Ce genre de propos pose un vrai problème de fond. On ne peut pas banaliser la parole donnée au nom du devoir. Sinon, où est la limite ? », interroge-t-il d’un ton grave.
La parole, pilier de la confiance démocratique
Pour Moïse Diawara, il ne fait aucun doute que le respect de la parole donnée reste une valeur cardinale de la vie démocratique. Selon lui, rompre un engagement public affaiblit non seulement la légitimité de l’autorité, mais érode aussi la confiance du peuple envers les institutions.
« La parole donnée est un contrat moral entre le dirigeant et le citoyen. La violer, c’est rompre ce lien sacré et nourrir la méfiance. Un président doit être crédible, sinon c’est toute la démocratie qui vacille », déclare-t-il.
Il insiste : l’autorité morale d’un chef d’État repose autant sur ses actes que sur sa capacité à tenir ses engagements, même dans la difficulté.
Entre devoir et responsabilité politique
Certes, Moïse Diawara reconnaît que la notion de devoir peut s’imposer dans certaines situations exceptionnelles. Mais à ses yeux, cela ne saurait justifier une volte-face politique sans concertation ni explication.
« On peut comprendre qu’un contexte nouveau exige des ajustements. Mais dans ce cas, le minimum, c’est la transparence. On doit expliquer pourquoi on change de cap, et surtout, le faire avec les citoyens, pas au-dessus d’eux », prévient-il.
Pour lui, conjuguer devoir d’État et parole donnée n’est pas un dilemme, mais un exercice de responsabilité politique. Il appelle à une gouvernance plus inclusive et respectueuse des principes démocratiques.
Des mots lourds de sens
Le militant du MoDeL se montre également préoccupé par la portée symbolique du discours présidentiel.
« Ce genre de phrase, surtout prononcée par un chef d’État, peut être utilisé plus tard pour justifier n’importe quelle décision. C’est dangereux », alerte-t-il.
Selon lui, en affirmant que le devoir peut prévaloir sur la parole donnée, on ouvre une brèche dans laquelle d’autres dirigeants pourraient s’engouffrer, au détriment de la culture politique du respect des engagements.
L’exemplarité comme boussole
Moïse Diawara conclut sur la nécessité d’un leadership exemplaire, notamment envers la jeunesse africaine, en quête de repères.
« Quand un président dit une chose et fait l’inverse, quel message envoie-t-on aux jeunes ? Qu’il est normal de trahir sa parole pourvu qu’on parle bien ? C’est tout sauf pédagogique. Nos dirigeants doivent incarner l’éthique, pas la contourner », dénonce-t-il.
« La parole, c’est aussi un devoir »
Le militant du MoDeL appelle l’ensemble de la classe politique, y compris le président Ouattara, à une prise de conscience.
« Le devoir, ce n’est pas seulement gouverner. C’est aussi respecter ce qu’on dit. La parole, c’est aussi un devoir. Il ne faut jamais l’oublier. »
Pour lui, dans une démocratie saine, le respect des engagements n’est pas un luxe mais un pilier. Faute de quoi, prévient-il, le fossé entre les gouvernants et les gouvernés risque de s’élargir dangereusement.
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