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Chômage des jeunes en Guinée : des milliers de diplômés face à un marché du travail saturé, inadapté et sans débouchés

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En République de Guinée, le diplôme universitaire ne garantit plus un avenir stable. Chaque année, des milliers de jeunes fraîchement sortis des amphithéâtres se retrouvent sur le carreau, confrontés à un marché de l’emploi saturé, inadapté et sans débouchés. Le taux de chômage chez les jeunes diplômés dépasse aujourd’hui les 40 %, selon des estimations non officielles, mais largement partagées par les acteurs du secteur éducatif.
Malgré la multiplication des universités et des formations, l’employabilité des jeunes demeure préoccupante. Sur 50 diplômés, à peine une dizaine réussit à décrocher un emploi dans les mois qui suivent l’obtention de leur diplôme. Les filières littéraires et humaines, souvent perçues comme peu « utiles » économiquement, sont les plus touchées par cette précarité.
Des stages sans avenir
Mohamed Touré, titulaire d’une licence en philosophie à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, témoigne de son vécu difficile dans la recherche d’un stage :
 « Le stage est d’abord difficile à obtenir. Ensuite, il n’est presque jamais rémunéré. Imaginez : il faut payer le transport, se nourrir, parfois s’habiller décemment. C’est vraiment difficile de faire un stage dans ces conditions », déplore-t-il.
Au-delà du stage, c’est l’insertion professionnelle elle-même qui s’apparente à un parcours du combattant. Même dans le secteur de l’éducation, qui reste pourtant l’un des rares à offrir encore quelques débouchés, la désaffection des jeunes est manifeste.
« Beaucoup de diplômés ne veulent pas enseigner, alors que l’État ne peut pas embaucher tout le monde. Il faut que l’on change de mentalité et que l’on fasse de l’entrepreneuriat notre quotidien », ajoute-t-il.
Une galère mal comprise
Siméon Lamah, diplômé en administration des affaires dans la même université, abonde dans le même sens :
« La plupart des stages sont sans rémunération, et nos parents ne font pas la différence entre un stage et un emploi. Pour eux, quand tu sors de l’université, tu es prêt à gagner de l’argent. Mais, la galère commence après le diplôme », s’indigne-t-elle.
Selon lui, deux freins majeurs expliquent la montée du chômage : d’un côté, le manque d’initiatives entrepreneuriales chez les jeunes ; et de l’autre, l’incapacité de l’État à jouer son rôle de moteur économique.
« Aujourd’hui, on peut entreprendre à partir d’un simple smartphone, vendre un service ou un produit sur les réseaux sociaux. Il faut qu’on sorte de la mentalité d’attente », dit-elle.
Le chômage des diplômés, une bombe sociale à retardement
Pour mieux comprendre cette situation, nous avons interrogé le sociologue Jean Pierre Kamano. Il confirme la gravité du phénomène et alerte sur ses conséquences à long terme.
« Ce que nous vivons en Guinée, c’est une crise de transition entre un système éducatif ancien et un monde du travail nouveau. Il y a un décalage profond entre ce que les jeunes apprennent à l’université et ce que le marché de l’emploi recherche », explique-t-il.
Selon lui, le problème n’est pas uniquement économique. Il est aussi culturel, institutionnel et social.
« Dans notre société, le diplôme a longtemps été considéré comme une garantie d’avenir. Aujourd’hui, ce mythe s’effondre. Et face à cela, la jeunesse se sent trahie. Le risque, c’est de voir émerger une génération en rupture avec les institutions, tentée par l’exil, la débrouille illégale ou même la radicalisation », souligne-t-il.
Des pistes concrètes de solutions
Le sociologue propose plusieurs mesures pour freiner l’aggravation du chômage et redonner espoir aux jeunes. Il s’agit entre autres de : réformer l’enseignement supérieur, créer un fonds national d’appui à l’auto-emploi, rendre les stages obligatoires et indemnisés, valoriser l’entrepreneuriat numérique.
« Il faut repenser l’orientation académique. Les universités doivent intégrer davantage de filières techniques, d’ateliers pratiques et de modules sur l’auto-emploi. Il ne s’agit pas d’abolir les sciences humaines, mais de les rendre plus connectées aux réalités sociales. L’État doit mettre en place un fonds accessible aux jeunes diplômés porteurs d’idées. Pas seulement des prêts, mais aussi des accompagnements : formation, mentorat, accès aux outils numériques, et mise en réseau avec des entrepreneurs aguerris. Chaque cursus universitaire devrait inclure un stage pratique obligatoire avec une indemnité minimum, même symbolique. Cela permettrait aux étudiants de développer des compétences, de tisser des relations professionnelles et de s’ancrer dans le monde réel. Il faut encourager les jeunes à utiliser les réseaux sociaux, le e-commerce, les services numériques. Avec un smartphone et une bonne idée, on peut aujourd’hui créer une activité rentable. L’université doit enseigner ces compétences dès la licence », a-t-il indiqué.
Une urgence sociale à traiter maintenant
Ils sont des milliers, parfois des dizaines de milliers à travers le pays : jeunes, diplômés, pleins d’idées mais sans moyens. Ils demandent peu : un accompagnement, une écoute, des outils. Le chômage n’est plus un simple fait statistique : c’est une réalité qui broie des rêves, vide les villages, remplit les ghettos urbains et pousse vers les pirogues de fortune.
« Le vrai développement, ce n’est pas de diplômer la jeunesse. C’est de la rendre utile à elle-même et à sa nation », le sociologue Jean Pierre Kamano.
Il est donc temps, pour l’État, les universités et la société civile, d’agir ensemble avant que l’enthousiasme d’une génération ne se transforme définitivement en résignation.
Oumar Bella Barry pour Laguineee.info

 

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