À Samataran, dans la commune de Sonfonia, une route délaissée depuis trois décennies retrouve petit à petit vie. Mais pas grâce à une politique publique. C’est une initiative citoyenne, menée par l’association « Les Bons Voisins », qui redonne espoir aux habitants, lassés d’attendre une intervention de l’État qui ne vient jamais.
Une urgence née d’un constat amer
Tout est parti d’une scène ordinaire devenue insupportable. Un enterrement, une colline infranchissable, des familles bloquées. Pour Barry Boubacar Télly, résident du quartier, ce moment a été un déclic : « Un jour, je suis venu ici, j’ai trouvé la colline là. Beaucoup de gens ne pouvaient pas venir au cimetière pour faire l’enterrement. Donc, vu la situation, par la grâce de Dieu, Dieu m’a donné la chance pour créer l’association Le Bon Voisin. J’ai appelé les voisins. »

Nous sommes à Samataran, secteur 4 de Tamalasi. Ici, l’accès au cimetière se fait par une route à flanc de colline, transformée en piège dès les premières pluies. Une situation connue de tous, ignorée de l’État. Alors, l’association « Les Bons Voisins » se met en branle.
Travaux communautaires, financement local
Sans aide institutionnelle, le projet repose uniquement sur la solidarité des habitants. La méthode est simple : chacun donne ce qu’il peut. Une contribution minimale de 500 000 francs guinéens a été proposée par l’association, mais beaucoup ont fait plus. « Certains ont versé 2 millions, d’autres 1 million. D’autres encore ont donné selon leurs moyens », eexplique M.Barry.
Les travaux ont commencé par du remblayage manuel. Ensuite, les membres se sont attelés au bétonnage, mètre après mètre. Il ne s’agit pas de patcher, mais de reconstruire une route durable, utilisable en toutes saisons. Aucun engin lourd, aucun technicien. Juste des pelles, des brouettes, et la volonté collective.
Une voie vitale pour le quartier
Pour les résidents, cette route n’est pas un simple chemin secondaire. Elle est vitale. « Elle mène directement à notre grand cimetière », rappelle Barry. « Et quand la route est mauvaise, même les enterrements deviennent un calvaire. »
Amadou Ly, lui aussi membre de l’association, se souvient des années d’abandon. « Avant, une fois arrivé à cet endroit de la route, les motards et autres engins étaient obligés de faire descendre les passagers. C’était impraticable. » Grâce à une plateforme numérique lancée par Barry, les membres échangent, organisent les travaux, et suivent les cotisations.
Mais au-delà de l’accès au cimetière, la route facilite la circulation entre les secteurs du quartier. « C’est toute une population qui souffrait. Aujourd’hui, la fluidité revient peu à peu », explique un autre riverain venu aider au chantier.
Trente ans d’abandon
Le témoignage d’Abdoulaye Soumah, membre actif de l’association, est sans détour. « Depuis 30 ans, cette route est dans un état très pathétique. Nous avons commencé les travaux mais nous manquons de moyens. Ce travail nécessite forcément une intervention de l’État. »
La pluie menace. L’érosion ronge déjà le mur du cimetière. Si rien n’est fait rapidement, les efforts fournis risquent d’être anéantis. « L’État doit impérativement intervenir dans cette localité. Sinon, c’est pas bon », prévient-il.
Un appel lancé à l’État et aux bonnes volontés
Aujourd’hui, l’association « Les Bons Voisins » poursuit tant bien que mal son chantier. Mais l’essoufflement est palpable. Le béton coûte cher. Les outils manquent. La main-d’œuvre, bénévole, ne suffit plus.
Les membres lancent donc un appel clair : aux autorités locales, aux entreprises de la place, aux ressortissants du quartier, à toutes les bonnes volontés. L’objectif n’est pas seulement de terminer la route. Il s’agit de préserver une dignité, de garantir un minimum de service pour accompagner les morts, et soulager les vivants.
À Samataran, les citoyens ont montré qu’ils pouvaient initier le changement. Reste à savoir si l’État aura le courage de les rejoindre sur cette route qu’ils ont commencée à tracer — à la sueur de leurs fronts.
IAC, pour laguinee.info







