Dans un rapport publié sur son blog Africa Can End Poverty, la Banque mondiale tire la sonnette d’alarme : malgré l’essor attendu du projet Simandou, la Guinée fait face à un déficit éducatif profond et structurel qui menace son développement durable.
À travers une analyse rigoureuse, les auteurs rappellent que l’exploitation des ressources minières ne saurait remplacer l’investissement dans l’éducation, pierre angulaire de toute prospérité à long terme.
Un pays jeune, mais peu préparé
Le rapport met en évidence un paradoxe criant : la Guinée possède une population jeune et un potentiel économique colossal grâce à ses ressources naturelles, mais plus de 34 % des jeunes sont exclus de toute forme d’éducation, d’emploi ou de formation. Ce taux atteint 41 % chez les jeunes femmes et grimpe jusqu’à 50 % dans les zones rurales. Des chiffres parmi les plus élevés d’Afrique de l’Ouest et centrale.
Cette exclusion massive du système éducatif aggrave les inégalités sociales et freine la productivité du pays. Elle empêche la jeunesse guinéenne de participer pleinement à la vie économique, dans un contexte où 62 % de la population vit en milieu rural.
Des bases éducatives fragiles dès le départ
Le rapport de la Banque mondiale souligne aussi des faiblesses critiques dans l’enseignement de base : seulement 20 % des enfants de 3 à 5 ans sont inscrits en maternelle, et à six ans, près de la moitié des enfants ne sont toujours pas scolarisés. À cela s’ajoute un manque criant de formation chez les enseignants, dont 19 % ne maîtrisent pas les compétences mathématiques de base.
Résultat : 83 % des enfants guinéens ne savent pas lire et comprendre un texte simple à l’âge de 10 ans, un taux de pauvreté en apprentissage qui dépasse la moyenne de l’Afrique subsaharienne.
Un investissement public insuffisant
À la racine du problème se trouve un faible engagement financier de l’État : la Guinée ne consacre qu’environ 2 % de son PIB à l’éducation, un niveau largement inférieur à celui des pays comparables. Ce sous-financement entraîne des infrastructures dégradées, une répartition inégale des enseignants et un accès limité à l’enseignement secondaire, en particulier en milieu rural.
Éduquer pour diversifier l’économie
Pour la Banque mondiale, la prospérité minière ne peut être durable que si elle s’accompagne d’une stratégie ambitieuse en matière de développement du capital humain. La dépendance exclusive aux mines est risquée : elle concentre les ressources dans un seul secteur et empêche la diversification de l’économie.
« La Guinée doit commencer à miner sa ressource la plus stratégique : son capital humain », insiste le rapport. Cela implique d’investir dans les compétences fondamentales, techniques, numériques, mais aussi dans les savoir-être indispensables à l’employabilité.
Un tournant à saisir
Conscient de l’enjeu, le gouvernement guinéen envisage d’allouer une partie significative des revenus de Simandou à l’éducation. Un choix salué par les auteurs du rapport, qui y voient une opportunité de transformer la richesse minière en richesse humaine.
La réussite de la Guinée ne se mesurera donc pas seulement en tonnes de minerais exportés, mais en nombre d’enfants instruits, de jeunes qualifiés et de citoyens productifs. Investir dans l’éducation n’est plus un luxe, mais une urgence nationale.
Laguinee.info







