Invité ce jeudi 5 juin dans l’émission « Sur le pont des Arts » sur RFI, l’écrivain guinéen Tierno Monénembo n’a épargné personne. Religieux, intellectuels, militaires : tous sont passés sous sa plume trempée dans l’acide. En pleine promotion de ses engagements littéraires, l’auteur du Roi de Kahel a surtout livré un réquisitoire au vitriol contre les élites de son pays. Morceaux choisis. Sans retouche.
Dès le début de son intervention, le ton est donné. Tierno Monénembo frappe là où ça fait mal : « En Guinée, nos prêtres et nos marabouts craignent beaucoup plus le chef que le Bon Dieu », dénonce-t-il. Et d’ajouter, implacable : « Ils prient non pas pour aller au paradis, mais pour se remplir les poches. C’est un gros problème. On n’a même pas de prêtres et de marabouts. Il n’y a pas de spirituels dans le pays. »
Puis viennent les intellectuels, à qui il règle leur compte en une phrase, sèche, sans appel : « Nos intellectuels, tout le monde sait ce qu’ils sont. »
Mais c’est en évoquant l’armée que l’écrivain décoiffe tout sur son passage. « Les militaires, la seule fois où un militaire guinéen a osé faire un coup d’État, c’est Mamadi Doumbouya. Il faut au moins lui reconnaître cela. Lui, il a fait un coup d’État. Les autres se sont contentés de prendre le pouvoir après la mort du chef. » Puis, en s’appuyant sur une citation de Diarra Traoré, il assène : « Comme le disait Diarra Traoré, ils font des coups d’État contre des cadavres. » Une punchline aussi crue que cynique, suivie d’un constat radical : « Ça veut dire qu’il n’y a pas d’armée. Un militaire, c’est un homme qui a le courage, qui n’a pas peur de la mort. En Guinée, ceux qui ont le plus peur de la mort, ce sont les militaires. »
Pourtant, derrière ce discours tranchant, une note d’émotion. Monénembo, qui a passé quarante ans hors de son pays, affirme ne plus vouloir en partir. « J’écrirai jusqu’à la mort, c’est ma principale raison d’être », confie l’auteur du célèbre roman « Les Crapauds-Brousse« « Mon retour en Guinée est dû à un manque du pays. J’ai fait 40 ans d’exil, la Guinée me manque terriblement. J’ai un amour fou pour ce pays. »
Une déclaration d’attachement indéfectible qui tranche avec la violence de ses critiques. Mais chez lui, lucidité et amour du pays ne s’excluent pas. « Je ne partirai plus jamais de mon pays quelles que soient les raisons. Je suis en France depuis une semaine, je repars dans quelques jours. Je sortirai pour des raisons médicales, pour des conférences, mais c’est en Guinée que je vivrai et je mourrai », promet l’auteur de Saharienne Indigo.
Pas de détour, pas de faux-semblants. Tierno Monénembo continue d’écrire, d’interpeller et de déranger. Jusqu’au bout.
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