Deux jours après leur interpellation musclée, les quatre cadres de l’Agence Nationale de Lutte contre la Corruption et de Promotion de la Bonne Gouvernance (ANLC-PBG) ont été remis à leur avocat dans l’attente de leur comparution devant le procureur de Kaloum. Une accalmie provisoire dans une affaire encore enveloppée de zones d’ombre, mais qui alimente déjà les spéculations sur fond de tensions internes à l’Agence.
Les concernés :Sayon Koivogui, chef du département de la bonne gouvernance, Mohamed Lamine Soumah, analyste au département des relations extérieures, Patrice Sandouno, chef de service du secrétariat central, et Souleymane Sylla, directeur régional à Kindia, ont été auditionnés à la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DPJ) avant d’être présentés, mercredi, au procureur de la République près le tribunal de première instance de Kaloum.
L’information a été confirmée ce jeudi 5 juin par leur avocat, Me Salifou Béavogui, qui s’est félicité du traitement « humain » réservé à ses clients, notamment la remise en liberté temporaire de Souleymane Sylla, malade, pour raisons de santé. « Il faut remercier la DPJ qui a fait preuve d’humanisme. Quelle que soit la nature des charges, quand la maladie s’invite, mieux vaut laisser la personne se faire soigner », a-t-il déclaré.
Pour les trois autres interpellés, le face-à-face avec le parquet a eu lieu dans un climat jugé « apaisé » par la défense. Le procureur Mamoudou Magassouba, désormais en possession du dossier, a décidé de se donner le temps d’examiner les procès-verbaux avant de se prononcer sur une éventuelle suite judiciaire. « Le procureur dispose de plusieurs options : l’ouverture d’une instruction, une citation directe, le renvoi en flagrant délit ou le classement sans suite », a expliqué Me Béavogui.
Dans l’attente de cette décision, les quatre agents ont été mis sous la responsabilité de leur conseil et devraient se présenter à nouveau devant le parquet mercredi prochain. Un répit bienvenu, selon l’avocat, qui espère que ses clients passeront la fête religieuse en famille.
Au-delà du cadre procédural, l’affaire révèle une tension inhabituelle autour de cette agence-clé dans la lutte contre la corruption en Guinée. Me Béavogui a plaidé pour l’apaisement, saluant « le gigantesque travail » de l’ANLC-PBG dans l’identification de nombreuses malversations financières impliquant de hautes personnalités. « C’est une maison qui mérite la sérénité, car elle est à l’origine de révélations majeures. Ce service ne doit pas être déstabilisé », a-t-il insisté.
À ce stade, les faits reprochés aux cadres interpellés n’ont pas été officiellement précisés. L’opacité du dossier, conjuguée à la délicatesse de la mission de l’agence, attise les interrogations sur une éventuelle instrumentalisation ou des règlements de comptes internes. En attendant la décision du parquet, les regards restent tournés vers Kaloum, où se jouera peut-être une séquence déterminante dans la bataille contre la corruption en Guinée.
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