spot_img
spot_img
spot_imgspot_imgspot_imgspot_img
spot_img

Togo : des organisations de la société civile  dénoncent une spirale de persécutions contre les étrangers

spot_imgspot_imgspot_img

À LIRE AUSSI

Longtemps présenté comme un havre de paix et de diplomatie au cœur de l’Afrique de l’Ouest, le Togo voit aujourd’hui son image internationale ternie par une série d’incidents troublants impliquant des ressortissants étrangers. Des organisations de la société civile, notamment le Front Citoyen Togo Debout (FCTD) et Tournons La Page-Togo (TLP-Togo), dénoncent une escalade inquiétante de pratiques qu’elles qualifient de « persécutions ciblées » et de violations flagrantes des droits humains.

Une hospitalité mise à rude épreuve

Le 2 septembre 2024, trois hommes – deux Béninois engagés dans la société civile et le journaliste togolais Rodrigue Ahégo – sont interpellés à Lomé alors qu’ils transitent par la capitale après une conférence à Accra. Menottés, transportés dans un véhicule banalisé, conduits au groupement de gendarmerie de Djidjolé, ils subissent un interrogatoire poussé, leurs empreintes et photos prises comme de véritables criminels. Un simple contrôle administratif, affirmera-t-on plus tard. Mais le mal est fait.

Cet épisode n’est pas isolé. En septembre 2024, le militant sénégalais Guy Marius Sagna est violemment agressé en plein séjour à Lomé. Les auteurs de cette attaque, filmée et largement médiatisée, n’ont jamais été inquiétés par la justice. L’absence de suite judiciaire alimente l’indignation, y compris au-delà des frontières togolaises.

Soupçon permanent et surveillance ciblée

Avril 2025. Une militante togolaise des droits humains, aujourd’hui citoyenne américaine, en visite privée à Lomé, est filée jusque sur les rives du lac Togo. L’homme suspecté de la surveiller prend la fuite, après que la militante ait menacé de filmer et d’envoyer les images à Washington. Le climat devient pesant, y compris pour ceux censés bénéficier de la double protection de leur nationalité et de leur engagement pacifique.

En mai 2025, un nouvel incident secoue les couloirs feutrés du sommet de l’Union africaine sur la dette publique. Une participante, mère d’un nourrisson, est arrêtée dans sa chambre d’hôtel après avoir été accusée d’activités parallèles non autorisées. Son seul tort ? Avoir rencontré un membre de TLP-Togo à la plage. L’interrogatoire s’achève par une expulsion expéditive et humiliante. Elle est séparée de ses affaires, escortée jusqu’à l’aéroport, traitée avec mépris par certaines hôtesses, selon les témoins. Une scène difficilement compatible avec les standards d’un État qui se veut médiateur régional.

Médias internationaux également visés

Le 16 mai 2025, deux journalistes de la chaîne russe RT, en mission documentaire au Togo, sont interpellés à leur hôtel après avoir interviewé des membres de la société civile. Interrogés durant plusieurs heures, ils sont renvoyés vers le Bénin, sans que leurs passeports soient officiellement tamponnés. Une procédure discrétionnaire qui soulève de nombreuses interrogations sur la transparence des services d’immigration.

Une dérive institutionnelle ?

Face à cette série d’atteintes, les organisations FCTD et TLP-Togo montent au créneau. Elles dénoncent « un climat de suspicion systématique » visant les acteurs étrangers dès lors qu’ils affichent un quelconque lien avec la société civile togolaise. À leurs yeux, ces pratiques ne relèvent plus d’un simple excès de zèle administratif, mais d’une stratégie assumée de répression déguisée.

« Le Togo ne peut pas être à la fois le siège de grands sommets et le théâtre de persécutions », déclarent les deux organisations dans un communiqué commun publié ce 18 mai. Elles appellent le gouvernement à restaurer les principes d’hospitalité et de respect des droits fondamentaux, indispensables à toute démocratie.

Une réputation en jeu

Au-delà des cas individuels, c’est la crédibilité du Togo sur la scène internationale qui se trouve aujourd’hui en jeu. L’accueil de conférences continentales ou la signature de conventions ne sauraient masquer une réalité de plus en plus difficile à ignorer : celle d’un pays où la liberté d’opinion et de mouvement semble réservée à ceux qui ne dérangent pas.

Tandis que la société civile togolaise tente de maintenir un dialogue ouvert avec les autorités, les regards se tournent désormais vers la communauté africaine et internationale. Le Togo restera-t-il fidèle à sa promesse d’être une terre d’accueil ? Ou glissera-t-il davantage vers la stigmatisation de l’engagement citoyen, même pacifique, venu d’ailleurs ?

Un choix s’impose. Et il est urgent.

- Advertisement -
spot_img
spot_img
spot_img

ECHO DE NOS RÉGIONS