La CEDEAO est-elle devenue un club fermé de privilégiés au service d’intérêts opaques ? La question brûle les lèvres du député sénégalais Guy Marius Sagna, et il n’est pas venu avec des gants. Dans une question écrite adressée au gouvernement d’Ousmane Sonko, le parlementaire dénonce une « mafia du recrutement » au sein de l’organisation sous-régionale, qui piétinerait allègrement ses propres textes pour favoriser certains pays… au détriment des autres.
Au cœur de la tempête : le recrutement du Directeur Exécutif du Centre Régional de Contrôle et de Surveillance des Maladies de la CEDEAO (CRSCM). Une nomination, selon Sagna, entachée d’irrégularités criantes : violation du Règlement du Personnel, exclusion injustifiée des candidatures internes à l’Organisation Ouest-Africaine de la Santé (OOAS), et opacité totale dans le processus de sélection.
« Une CEDEAO des deals et du business »
Le ton est grave, le propos sans détour : « La CEDEAO nous doit des comptes. La CEDEAO des chefs d’État n’est-elle que deal et business sur le dos des ressortissants de nos douze pays, même quand la santé des populations est en jeu ? » s’indigne le député.
Et l’homme ne s’arrête pas là. Il brandit des chiffres qui font mal : le Bénin, membre à part entière de la CEDEAO, n’occuperait aucun poste D1 dans toutes les directions de l’organisation. Le Sénégal, malgré son poids politique, n’aurait qu’un seul poste sur une cinquantaine à l’OOAS. Un déséquilibre flagrant que Sagna qualifie de « système corrompu, gangréné par les passe-droits et l’entre-soi ».
Une CEDEAO malade de son impunité
La dénonciation prend une tournure politique : dans un contexte où l’organisation tente de se refaire une santé après la perte de trois États membres (Mali, Burkina Faso, Niger), ce genre de scandale entache encore davantage sa crédibilité. « Il y a de quoi s’inquiéter si la CEDEAO ne peut même pas respecter ses propres textes », martèle le parlementaire, appelant le Sénégal à exiger un audit complet des recrutements de tous les postes P5 et Directeurs (D).
Pour lui, l’heure n’est plus aux discours policés. Il faut mettre fin à l’impunité, briser les silences complices, et redonner à l’institution un minimum d’intégrité.
Une CEDEAO pour qui, pour quoi ?
Au-delà de cette affaire, la question posée par Guy Marius Sagna est plus vaste : à qui profite réellement la CEDEAO ? Est-elle encore une organisation au service des peuples ou un machin technocratique dominé par une poignée d’États qui s’en partagent les privilèges ?
Le coup de gueule du député sonne comme un avertissement : si la CEDEAO ne se réforme pas de l’intérieur, elle risque de perdre ce qui lui reste de légitimité auprès des citoyens ouest-africains.
Et cette fois, le silence ne suffira pas à éteindre l’incendie.
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