Lorsqu’une femme dénonce un viol, son comportement, sa tenue ou l’endroit où elle se trouvait peuvent encore faire l’objet de questions. Au lieu de se concentrer sur l’acte subi, le regard social peut parfois se déplacer vers la victime. Une situation qui contribue à la culpabilisation des personnes agressées.
Pour Dr Augustin Gnimassou, sociologue et enseignant, cette tendance ne relève pas uniquement des sociétés africaines. Elle s’inscrit dans une histoire plus large de la perception des violences sexuelles.
Quand la victime doit se justifier
Pourquoi portait-elle cette tenue ? Pourquoi était-elle à cet endroit ? Pourquoi était-elle seule ? Ces questions peuvent encore accompagner le récit d’une victime de viol.
Pour Dr Gnimassou, cette manière de raisonner repose sur une conception ancienne de la responsabilité. « On a construit la question autour du fait que l’homme est un animal plus ou moins bestial et, lorsqu’il voit une femme qui s’offre à lui, il a tendance à vouloir la prendre », explique-t-il.
Dans cette logique, la responsabilité de l’agression peut être déplacée vers la victime, à qui l’on reproche son apparence ou son comportement.
Une vieille logique de culpabilisation
Le sociologue rappelle que cette perception n’a pas été propre aux sociétés africaines.
« Même aux États-Unis, pendant longtemps, la femme violée a dû justifier la plainte qu’elle portait » en fonction notamment de sa tenue vestimentaire, rapporte-t-il.
Selon lui, les femmes victimes de violences sexuelles ont longtemps été interrogées sur leurs vêtements, comme si ceux-ci pouvaient expliquer ou provoquer l’agression.
Cette approche a progressivement reculé dans plusieurs sociétés, notamment sous l’effet des combats pour les droits des femmes.
La tenue ne devient pas une responsabilité
Pour le sociologue, la question de la tenue ne devrait pas déplacer la responsabilité de l’agression.
Le fait qu’une femme porte une jupe courte, une robe, un pantalon ou tout autre vêtement ne constitue pas une autorisation à lui imposer une relation sexuelle.
Mais dans certaines communautés, estime Dr Gnimassou, la pression sociale reste forte sur les femmes.
« On estime que la femme doit se voiler complètement, s’enfermer dans un ensemble de vêtements qui lui permettent d’échapper au désir de l’homme », constate-t-il.
Cette conception fait peser sur les femmes la responsabilité d’anticiper et de prévenir le comportement masculin.
Le poids des représentations religieuses
Dr Gnimassou évoque également la place de la religion dans cette perception.
Selon lui, certaines prescriptions vestimentaires peuvent notamment être présentées comme un moyen de réduire le regard et la tentation de l’homme.
Mais cette lecture soulève une question plus large : celle de la responsabilité attribuée à la femme dans la prévention des comportements masculins.
Le sociologue considère d’ailleurs que la religion peut jouer un rôle ambivalent dans les rapports entre les sexes : elle peut promouvoir le respect et la non-violence, tout en pouvant aussi, selon certaines interprétations, renforcer l’autorité masculine.
Ne pas confondre prévention et culpabilisation
Sensibiliser les femmes aux risques ne doit pas conduire à leur attribuer la responsabilité des violences qu’elles subissent.
La prévention peut appeler à la prudence sans transformer les vêtements, les déplacements ou les comportements d’une victime en justification de l’agression.
Le débat porte donc aussi sur le regard porté sur les victimes. Tant que la première interrogation reste « qu’a-t-elle fait ? », plutôt que « qui a commis l’agression et pourquoi ? », la culpabilisation risque de se maintenir.
Faire évoluer les mentalités
Pour Dr Gnimassou, la transformation de ces représentations passe par l’éducation, la communication et la sensibilisation.
Les comportements sociaux ne changent pas du jour au lendemain. Ils sont appris, transmis et parfois reproduits sur plusieurs générations.
La lutte contre les violences sexuelles suppose donc aussi de déconstruire progressivement les idées qui font peser sur les victimes la responsabilité de leur propre agression.
Ramatoulaye Yacine Baldé, stagiaire, pour Laguinee.info





