La carrière judiciaire d’Algassimou Diallo est désormais terminée. Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), réuni en formation disciplinaire, a prononcé sa révocation. Une décision annoncée ce jeudi 20 août 2026, après une procédure engagée à la suite de faits jugés incompatibles avec les obligations liées à la fonction de magistrat.
Le garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, est revenu sur cette affaire à la télévision nationale. Il explique les différentes étapes de la procédure et insiste sur la distinction entre la suspension et la révocation.
Des échanges avec Cellou Dalein Diallo au cœur du dossier
À l’origine de la procédure figure notamment la diffusion d’un enregistrement audio présenté comme une conversation entre Algassimou Diallo et Cellou Dalein Diallo, ancien Premier ministre et figure de l’opposition guinéenne.
La diffusion de cet enregistrement avait suscité des réactions. Pour les autorités judiciaires, les faits soulevaient notamment des questions liées à l’obligation de réserve, à la déontologie et à l’éthique professionnelle des magistrats.
Le garde des Sceaux assure toutefois que la procédure n’était pas liée à la personne d’Algassimou Diallo en tant que telle.
« Ce n’est pas parce que c’est monsieur Algassimou. N’importe quel magistrat qui se prêterait à ces pratiques serait suspendu », affirme Ibrahima Sory II Tounkara.
Une suspension décidée par le ministre
Le ministre explique avoir fondé sa décision initiale sur la loi organique L/054/CNT/2013 du 17 mai 2013 portant Statut des magistrats.
« Conformément à la loi 054 du 17 mai 2013 relative au statut des magistrats de Guinée, le garde des Sceaux, ministre de la Justice, a le pouvoir de suspendre un magistrat lorsqu’il constate que ce dernier a commis des faits susceptibles d’entraîner une faute disciplinaire », explique-t-il.
Après avoir été informé des faits reprochés au magistrat, Ibrahima Sory II Tounkara affirme avoir estimé qu’ils dépassaient les limites attendues dans l’exercice de la fonction.
« Des faits qui normalement ne devaient pas être commis par un magistrat, des faits qui sortent carrément du cadre des pratiques d’un magistrat, j’ai jugé nécessaire alors de le suspendre », déclare-t-il.
Le ministre précise toutefois que cette suspension n’était pas la sanction définitive. Il s’agissait, selon lui, d’une mesure conservatoire prise dans l’attente de l’examen disciplinaire.
Le CSM prononce la révocation
C’est ensuite le Conseil supérieur de la magistrature qui a pris le relais. Le ministre affirme avoir saisi l’instance disciplinaire afin que le dossier soit examiné conformément à la procédure.
Ibrahima Sory II Tounkara insiste sur cette distinction entre ses prérogatives et celles du CSM.
« La suspension est provisoire. Le garde des Sceaux n’a pas besoin d’attendre la décision du conseil de discipline du Conseil supérieur de la magistrature pour suspendre un magistrat. C’est une mesure conservatoire », précise-t-il.
Après examen du dossier, la formation disciplinaire du CSM a retenu la révocation d’Algassimou Diallo.
« Monsieur Algassimou Diallo vient d’être révoqué par le conseil de discipline du Conseil supérieur de la magistrature. Ça veut dire qu’à partir de l’instant, il n’est plus magistrat », tranche le garde des Sceaux.
Cette décision intervient alors que le CSM avait, dans sa décision disciplinaire, considéré comme établis les faits reprochés au magistrat et les avait qualifiés de « manquements graves aux devoirs de son état, à l’honneur, à la délicatesse et à la dignité de la profession de magistrat ».
Une figure connue du procès du 28 septembre
Avant cette révocation, Algassimou Diallo était connu dans le paysage judiciaire guinéen. Il avait notamment été associé au procès des événements du 28 septembre 2009, l’un des dossiers judiciaires les plus importants de l’histoire récente du pays.
Il avait également exercé différentes responsabilités au sein du parquet et de la magistrature.
Sa révocation marque donc un tournant dans son parcours professionnel et intervient dans un contexte où la question de la déontologie des magistrats fait l’objet d’une attention particulière.
Une affaire qui dépasse le cadre disciplinaire
Au-delà de la procédure administrative et disciplinaire, l’affaire intervient dans un environnement politique sensible. La diffusion d’échanges attribués à un magistrat avec une figure majeure de l’opposition a rapidement donné une dimension politique au dossier.
Les autorités mettent en avant les obligations de réserve, de neutralité et de déontologie qui s’imposent aux magistrats. La décision pourrait, de son côté, alimenter les discussions sur la discipline judiciaire, l’indépendance de la justice et les relations entre magistrats et acteurs politiques.
À ce stade, la décision du CSM est claire : Algassimou Diallo est révoqué et ne fait plus partie du corps de la magistrature.
Les éventuelles suites du dossier, notamment d’éventuels recours ou autres démarches juridictionnelles, pourraient toutefois encore faire évoluer l’affaire.
Laguinee.info





