À Conakry, chercher un logement ne se résume pas toujours à trouver un loyer correspondant à son budget. Pour certains jeunes célibataires, le statut matrimonial devient lui aussi un critère de sélection. Entre loyers élevés, plusieurs mois d’avance et refus de certains propriétaires, étudiants et jeunes travailleurs racontent une quête qui peut s’étirer sur plusieurs mois.
À Kountia, la recherche commence souvent par une adresse, un numéro de téléphone ou le contact d’un démarcheur. Puis viennent les visites, les négociations et, parfois, le même constat : le logement est disponible, mais pas pour un célibataire.
Pour Alexis Kourouma, étudiant célibataire, cette situation n’est pas théorique. Il affirme avoir trouvé un logement correspondant à ses besoins avant de voir la location lui échapper lorsque le propriétaire a appris qu’il n’était pas marié.
« Dès que le propriétaire a su que je n’étais pas marié, il a catégoriquement refusé de me louer la maison », témoigne-t-il.
Le jeune étudiant se heurte également au coût d’accès au logement. Selon lui, un loyer mensuel de 300 000 francs guinéens peut s’accompagner de plusieurs mois d’avance et d’une caution.
Pour un étudiant sans revenu régulier, réunir une telle somme devient un obstacle supplémentaire.
« Pour un étudiant sans revenu fixe, supporter une telle charge financière d’un seul coup est tout simplement impossible », déplore Alexis Kourouma.
Cinq mois de recherche et toujours pas de logement

Lancey Keïta, coiffeur à Kountia, connaît une situation similaire. Depuis plusieurs mois, il dit multiplier les démarches dans différents quartiers de Conakry.
« Cela fait environ cinq à six mois que je cherche désespérément une maison à Conakry», explique-t-il.
Les montants qu’il dit avoir rencontrés sur le terrain ne facilitent pas la recherche. Une simple chambre peut, selon son témoignage, coûter jusqu’à 300 000 francs guinéens, avec des avances pouvant atteindre six ou sept mois.
Il raconte avoir trouvé un logement à 250 000 francs guinéens. L’accord semblait conclu. Mais au moment de finaliser la location, le propriétaire aurait changé d’avis.
« Nous étions d’accord sur le prix, mais au moment de conclure, le propriétaire a refusé parce que je suis célibataire », raconte-t-il.
Faute de logement, le jeune coiffeur dit partager son quotidien entre plusieurs domiciles familiaux, notamment entre Kagbelen et Dubréka.
Ses effets personnels sont dispersés. Ses déplacements se multiplient. Son organisation quotidienne en pâtit.
« Toutes mes affaires sont éparpillées un peu partout. Je n’ai aucun endroit à moi pour m’organiser », regrette-t-il.»
Pour lui, le problème ne se limite donc plus au logement. Il touche aussi à l’autonomie et à la stabilité personnelle.
Pourquoi certains propriétaires refusent-ils les célibataires ?
Face à ces témoignages, certains bailleurs avancent leurs propres explications.
Mamadou Alpha Baldé, propriétaire, dit notamment redouter les problèmes liés aux horaires et au comportement de certains jeunes locataires.
« Les jeunes rentrent souvent à des heures tardives et peuvent réveiller les propriétaires déjà couchés. C’est cela qui crée des tensions », explique-t-il.
Selon lui, certains bailleurs préfèrent donc louer leurs logements à des couples mariés afin de limiter ce type de difficultés.
« Pour éviter ces soucis, beaucoup de bailleurs préfèrent fermer catégoriquement leur porte aux célibataires », affirme-t-il.
Le propriétaire précise toutefois que cette pratique n’est pas systématique. Certains bailleurs accepteraient de louer à des jeunes à condition qu’ils respectent les règles de vie du logement.
« Au final, tout dépend de la mentalité de la famille qui loue », nuance-t-il.
Les garanties, autre obstacle
Pour Mamadou Cissé, démarcheur et étudiant, le problème se situe à deux niveaux : le montant des loyers et les garanties demandées par certains propriétaires.
Selon son constat, une simple chambre peut être proposée entre 200 000 et 250 000 francs guinéens par mois. Mais le montant à payer au départ peut rapidement dépasser les capacités financières des jeunes.
« Les loyers pour une simple chambre oscillent entre 200 000 et 250 000 francs guinéens par mois, mais le vrai problème réside dans les garanties exigées », explique-t-il.
Il évoque des propriétaires qui demanderaient jusqu’à six mois d’avance.
Pour un étudiant ou un jeune actif disposant de revenus limités, réunir plusieurs mois de loyer en une seule fois constitue une barrière importante.
« Pour un jeune qui peine parfois à réunir deux mois de loyer, rassembler une telle somme d’un coup est quasiment impossible », affirme le démarcheur.
À cette difficulté financière s’ajoute, selon lui, la question du statut matrimonial.
«Quand un étudiant ou un célibataire se présente, certains propriétaires expriment clairement leur refus en affirmant qu’ils ne logent pas de célibataires », déclare Mamadou Cissé.
Entre autonomie et précarité
Les témoignages recueillis dressent ainsi le portrait d’une catégorie de jeunes confrontés à plusieurs obstacles simultanés : loyers élevés, avances importantes, cautions et, dans certains cas, refus liés au statut matrimonial.
Pour ceux qui disposent de revenus modestes, la recherche peut se prolonger pendant des mois. Certains restent chez des proches, d’autres multiplient les déplacements ou repoussent leur installation dans un logement indépendant.
À Conakry, l’accès au logement devient ainsi, pour ces jeunes célibataires, une question qui dépasse le simple montant du loyer. Derrière chaque visite et chaque négociation se joue aussi la possibilité de travailler, d’étudier et de construire une vie autonome dans un cadre stable.
Sékouba Léno, Stagiaire pour Laguinee.info





