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Désinformation sur les réseaux sociaux :« Tout le monde est devenu journaliste…»

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Un message WhatsApp relayé dans plusieurs groupes, une publication sensationnelle sur Facebook ou une information présentée comme urgente peuvent rapidement devenir viraux. Sur les réseaux sociaux, la vitesse de diffusion des contenus dépasse parfois celle de leur vérification. Cette circulation rapide peut alimenter la peur, la confusion ou influencer les comportements des internautes.

 

À Conakry, comme ailleurs, les utilisateurs sont régulièrement confrontés à des contenus dont l’origine et la véracité ne sont pas toujours établies. Une information largement partagée peut ainsi donner l’impression d’être crédible, simplement en raison du nombre de personnes qui l’ont relayée.

 

Un message viral qui provoque la panique

Mohamed Lamine Camara en a fait l’expérience. Il affirme avoir reçu un jour, sur WhatsApp, un message annonçant la fermeture prochaine des agences de sa banque et invitant les clients à retirer rapidement leur argent.

« J’ai d’abord cru à cette information parce que le message avait été partagé plusieurs fois dans plusieurs groupes », témoigne-t-il.

Face à cette annonce, il envisage de retirer son argent. Mais avant d’agir, il décide de vérifier directement auprès de la source concernée.

« J’ai finalement découvert que c’était totalement faux », affirme-t-il.

Cette expérience l’a conduit à modifier sa manière de traiter les informations reçues sur les réseaux sociaux.

« Une information peut sembler vraie simplement parce qu’elle est beaucoup partagée », reconnaît-il.

Depuis, il dit vérifier davantage les contenus avant de les partager.

« J’essaie de vérifier la source, la date et les informations auprès des médias ou des pages officielles », explique-t-il.

La vérification, une exigence pour les journalistes

La désinformation constitue également un défi pour les professionnels des médias. Avec la multiplication des contenus produits et diffusés directement par les internautes, les journalistes sont confrontés à un volume croissant d’informations à vérifier.

Pour Abdoulaye Sylla, journaliste, cette situation renforce la nécessité de respecter les règles de vérification journalistique.

« Tout le monde est devenu journaliste, d’où l’appellation de “journalistes citoyens” », constate-t-il.

Selon lui, la présence d’une information sur une page présentée comme officielle ne dispense pas nécessairement d’une vérification, notamment lorsqu’elle concerne un sujet sensible.

« Pour connaître exactement si cette information est vraie, il faut d’abord vérifier si la page sur laquelle elle est publiée est une page officielle », explique-t-il.

Le journaliste recommande également de remonter à la source initiale et, lorsque cela est possible, de contacter directement la personne ou l’institution concernée.

« Je conseille d’aller ou d’appeler la source de l’information pour s’assurer qu’elle est vraie », affirme-t-il.

Cette démarche est particulièrement importante lorsque le journaliste n’est pas présent sur le lieu de l’événement.

« À défaut d’être sur le terrain, il faut s’assurer de la démarche journalistique de ceux qui ont publié l’information », ajoute Abdoulaye Sylla.

Le poids du sensationnel

La propagation rapide des fausses informations peut aussi s’expliquer par la manière dont certains contenus sont conçus et diffusés.

Ibrahima Kalil Condé, informaticien et prestataire au centre Afro Cyber, estime que la recherche de visibilité constitue l’un des facteurs pouvant encourager la diffusion de contenus non vérifiés.

« La principale motivation de ceux qui relaient ces contenus est d’attirer l’attention, de susciter de l’engouement et de se faire aimer du public », analyse-t-il.

Selon lui, certains utilisateurs accordent une importance particulière au nombre de vues, de réactions, de partages ou d’abonnés.

« Le contenu spectaculaire ou polémique génère des clics et de l’engagement », explique l’informaticien.

Les sujets qui touchent directement les préoccupations des populations peuvent ainsi connaître une forte circulation. C’est notamment le cas des informations liées à l’emploi, aux recrutements ou aux décisions des autorités.

Ibrahima Kalil Condé évoque, à titre d’exemple, la circulation de faux arrêtés annonçant des recrutements massifs dans la fonction publique.

« L’information s’est propagée à une vitesse folle parce qu’elle touchait à un sujet sensible, alors qu’elle était totalement fausse », souligne-t-il.

Vérifier avant de partager

La diffusion de contenus non vérifiés peut donc résulter de plusieurs facteurs : recherche de visibilité, caractère spectaculaire d’une publication, réaction émotionnelle des internautes ou encore absence de vérification préalable.

Pour les utilisateurs, quelques réflexes permettent de limiter les risques d’erreur : identifier l’auteur du contenu, vérifier la date de publication, rechercher la source originale et comparer l’information avec des sources fiables.

Pour les journalistes, ces précautions constituent une étape fondamentale du travail professionnel. Une publication sur un réseau social peut constituer un point de départ pour une recherche, mais elle ne suffit pas, à elle seule, à établir la véracité d’une information.

Sur les réseaux sociaux, le nombre de partages ne constitue donc pas une preuve de fiabilité. Avant de transmettre un contenu à son tour, la vérification de sa source et de son contexte reste essentielle.

Sékouba Léno, Stagiaire pour Laguinee.info 

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