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L’IA s’installe dans les universités guinéennes, la crainte d’une dépendance grandit

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Dans les universités guinéennes, l’intelligence artificielle s’impose progressivement dans les pratiques des étudiants et des enseignants. Recherche, préparation des cours, compréhension des notions ou création de contenus : ses usages se multiplient. Mais derrière ces facilités se posent aussi des inquiétudes liées au plagiat, à la paresse intellectuelle et au risque de voir certains étudiants déléguer une partie de leur réflexion aux outils numériques.

Dans les amphithéâtres comme dans les salles de cours, l’intelligence artificielle gagne progressivement du terrain. Pour préparer un travail, approfondir une notion ou trouver des pistes pour un mémoire, certains étudiants se tournent désormais vers des outils capables de produire des réponses en quelques secondes.

Cette évolution transforme progressivement les méthodes de travail dans les universités guinéennes. Mais elle pose aussi une question : comment profiter de l’IA sans en devenir dépendant ?

Pour Alseny Camara, enseignant-chercheur, chargé du cours de multimédia et chef du service numérique de l’Institut supérieur de l’information et de la communication (ISIC), l’intelligence artificielle constitue d’abord une innovation susceptible de faciliter le travail universitaire.

« Aujourd’hui, l’IA reste un outil d’innovation qui est à la portée de tous les enseignants-chercheurs et les étudiants. Ça les aide à préparer leurs cours », explique-t-il.

Selon lui, certains travaux qui nécessitaient auparavant plusieurs heures peuvent être réalisés plus rapidement grâce à ces outils. Dans le domaine de l’apprentissage, les étudiants disposent également d’une diversité de solutions adaptées à leurs besoins.

« Il y a plusieurs outils d’IA qui facilitent l’apprentissage des étudiants, par exemple Claude, ChatGPT et plein d’autres. Ça dépend de l’outil dont chaque étudiant a besoin », précise-t-il.

Comprendre avant de faire confiance

L’accès à ces outils ne signifie toutefois pas que toutes les réponses produites doivent être considérées comme exactes. Pour M. Camara, leur utilisation suppose un minimum de compétences numériques et surtout une capacité à vérifier les informations obtenues.

« Pour un usage efficace de l’IA par les étudiants, il faudrait au minimum que l’étudiant soit en mesure de connaître les bases de l’informatique, d’avoir une connaissance de l’utilisation des moteurs de recherche et de comprendre comment trouver le bon résultat », souligne-t-il.

Cette étape de vérification apparaît d’autant plus importante que les outils d’intelligence artificielle peuvent fournir des réponses inexactes, incomplètes ou mal adaptées à une question.

L’étudiant ne doit donc pas seulement savoir interroger une IA. Il doit également être capable d’analyser sa réponse, de la confronter à d’autres sources et de l’adapter à son propre travail.

Quand l’outil remplace la réflexion

C’est précisément cette utilisation passive qui inquiète l’enseignant-chercheur.

Pour lui, certains étudiants peuvent être tentés de remplacer leur propre réflexion par une réponse générée automatiquement.

« Malgré cette facilité, elle est une menace pour l’enseignement en général. Aujourd’hui, les gens ne réfléchissent pas face à une question. Quand on donne le devoir à un étudiant, il peut aller copier une réponse sur l’IA et venir coller la réponse sur le devoir », déplore-t-il.

Le problème ne réside donc pas uniquement dans l’existence de l’outil, mais dans la manière dont il est utilisé.

Un étudiant peut solliciter l’IA pour obtenir une explication, trouver des pistes de recherche ou améliorer la structure d’un travail. Mais lorsqu’il reprend directement une réponse sans la comprendre ni la vérifier, l’outil risque de devenir un substitut à l’apprentissage.

Des étudiants entre aide et vigilance

Mamadou Malal Baldé, étudiant en communication, utilise régulièrement l’IA dans le cadre de sa formation, notamment pour ses recherches:

« Aujourd’hui, l’IA me permet de faire beaucoup de choses. Elle m’aide dans mes recherches pour mon mémoire », témoigne-t-il.

Mais l’étudiant reconnaît également les limites de cette technologie.

« Il faut juste savoir comment l’utiliser parce qu’elle pousse l’étudiant dans la paresse, surtout à faire du plagiat. Aller copier un texte et venir ajouter ça sur tes recherches sans le vérifier », ajoute-t-il.

Malgré ces risques, il estime que l’IA peut avoir une réelle utilité dans un parcours universitaire.

« L’IA m’a également beaucoup aidé dans ma formation académique, notamment à comprendre certains de mes cours », affirme-t-il.

L’outil devient ainsi, pour lui, un moyen supplémentaire d’accéder à des explications et de revenir sur des notions difficiles.

Un outil qui s’étend à la création audiovisuelle

L’usage de l’intelligence artificielle dépasse désormais le cadre des recherches académiques. Dans les filières liées au journalisme et à la communication, elle intervient également dans la production de contenus.

Alhassane Baldé, étudiant en journalisme, l’utilise notamment dans ses activités audiovisuelles.

« En plus de l’utilisation des logiciels comme Adobe Premiere Pro, Audition, l’IA m’aide aussi dans la création de mes contenus audiovisuels », explique-t-il.

Pour ces étudiants, l’enjeu est donc de parvenir à intégrer l’IA dans leur formation sans perdre les compétences fondamentales qu’ils sont censés acquérir.

Former à l’usage plutôt que bannir l’outil

L’intelligence artificielle offre désormais aux étudiants et aux enseignants de nouvelles possibilités. Elle peut aider à expliquer une notion, proposer des pistes de recherche, faciliter certaines tâches ou accompagner la création de contenus.

Mais son utilisation soulève également des questions sur l’originalité des travaux, le plagiat et l’apprentissage réel des étudiants.

Dans ce contexte, l’enjeu pour l’université n’est pas seulement de savoir si l’IA doit être utilisée ou non. Il consiste surtout à définir comment elle doit l’être.

L’étudiant doit rester capable de réfléchir, de rechercher, de vérifier, d’écrire et de produire par lui-même. L’IA peut accélérer certaines tâches, mais elle ne devrait pas remplacer l’effort intellectuel qui constitue le cœur même de la formation universitaire.

À mesure que ces outils s’installent dans les pratiques académiques, la question de l’encadrement et de la formation à leur utilisation devient donc centrale. L’objectif étant de faire de l’intelligence artificielle un outil au service de l’apprentissage, plutôt qu’une solution qui dispense de penser.

Ramatoulaye Yacine Baldé, stagiaire pour Laguinee.info 

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