Interdite par la loi guinéenne, l’excision continue pourtant d’être pratiquée dans plusieurs communautés. Malgré les campagnes de sensibilisation menées depuis des années, le poids des traditions, les pressions sociales et certaines croyances contribuent encore à la persistance de cette pratique. Entre témoignages, analyses et cadre juridique, le constat montre que le chemin vers son abandon reste long, rapporte Laguinee.info à travers un de ses reporters.
Dans plusieurs régions de Guinée, les campagnes de sensibilisation contre les mutilations génitales féminines se poursuivent. Organisations de la société civile, autorités publiques, leaders religieux et partenaires au développement multiplient les actions pour informer les populations sur les conséquences de l’excision. Des émissions radiophoniques, des rencontres communautaires et des séances de sensibilisation sont régulièrement organisées afin d’encourager l’abandon de cette pratique.
Ces efforts ont permis de faire évoluer certaines mentalités. Dans plusieurs familles, le sujet est désormais abordé plus ouvertement qu’auparavant. Pourtant, sur le terrain, l’excision continue d’être pratiquée dans certaines communautés, souvent de manière discrète.
Pour Aboubacar Camara, membre de l’ONG Cœur des Enfants, des progrès ont été réalisés, mais ils restent insuffisants:
« Beaucoup de communautés commencent à comprendre les conséquences de cette pratique sur la santé des filles et sur leurs droits. Les campagnes de sensibilisation produisent des résultats, mais le phénomène n’a pas disparu », explique-t-il.
Selon lui, plusieurs facteurs expliquent cette résistance: « Dans certaines localités, les traditions restent très fortes. Certaines familles pensent encore que l’excision est une étape obligatoire dans l’éducation d’une fille. Il y a aussi le manque d’information, la pression sociale et parfois la peur d’être rejeté par la communauté », affirme-t-il.
L’acteur de la société civile estime que les campagnes doivent être renforcées et adaptées aux réalités locales.
« La sensibilisation doit continuer. Il faut impliquer les parents, les chefs religieux, les leaders communautaires et les jeunes pour que les mentalités évoluent durablement », ajoute-t-il.
« L’excision a failli me coûter la vie »
Derrière les statistiques se cachent des histoires marquées par la douleur.
S.O. (prénom d’emprunt) a accepté de raconter son histoire. Son identité a été modifiée afin de préserver sa dignité.
Trois jours après avoir été excisée, son état de santé s’est fortement dégradé: « L’excision a failli me coûter la vie », raconte-t-elle.
Transportée d’urgence dans un établissement de santé, elle a finalement survécu grâce à une transfusion sanguine.
Plusieurs années après, elle affirme garder des séquelles de cette expérience.
« En grandissant, j’avais peur qu’un homme s’approche de moi. Je pensais que cela allait réveiller la douleur », confie-t-elle.
Pour elle, les blessures laissées par l’excision ne sont pas seulement physiques.
« Même aujourd’hui, je n’oublie pas ce que j’ai vécu. C’est une souffrance qui reste dans la mémoire », ajoute-t-elle.
Pourquoi cette pratique persiste-t-elle ?
Pour le sociologue Benjamin Bakary Sandouno, l’excision reste fortement liée aux représentations sociales dans certaines communautés.
« Pour certaines familles, elle est considérée comme une tradition, un rite de passage ou une condition pour préparer une fille au mariage », explique-t-il.
Selon lui, ces croyances continuent d’influencer les décisions de nombreuses familles.
« Certaines personnes craignent que leur fille soit rejetée si elle n’est pas excisée. Cette pression sociale explique pourquoi la pratique continue malgré les campagnes de sensibilisation et l’interdiction prévue par la loi », analyse-t-il.
Le sociologue estime que la lutte contre l’excision ne peut pas reposer uniquement sur la répression.
« Il faut renforcer l’éducation, poursuivre les actions de sensibilisation et associer davantage les autorités religieuses, les chefs coutumiers et les responsables communautaires. Leur implication est essentielle pour faire évoluer les comportements », souligne-t-il.
Une pratique interdite par la loi
En Guinée, les mutilations génitales féminines sont interdites par le Code pénal.
L’article 258 interdit toutes les formes d’excision. L’article 259 prévoit des sanctions pouvant aller jusqu’à la réclusion criminelle lorsque cette pratique entraîne la mort de la victime.
Malgré ce dispositif juridique, plusieurs acteurs estiment que l’application de la loi, à elle seule, ne suffira pas à faire disparaître l’excision.
Pour eux, le changement passe aussi par l’éducation des familles, la protection des filles, l’accompagnement des communautés et la poursuite des campagnes de sensibilisation.
Si les mentalités évoluent progressivement, de nombreux défis restent à relever. Entre traditions profondément enracinées, pressions sociales et témoignages de survivantes, la lutte contre l’excision demeure un enjeu majeur de santé publique et de protection des droits des filles en Guinée. Les acteurs engagés dans ce combat estiment qu’une mobilisation continue de l’État, des communautés et des organisations de défense des droits humains reste indispensable pour mettre définitivement fin à cette pratique.
Sékouba Léno, Stagiaire, pour Laguinee.info





