À Dar-Es-Salam, dans la commune de Ratoma, la grande décharge d’ordures continue de faire partie du quotidien des habitants. Entre fumées, mauvaises odeurs, déchets en décomposition et eaux issues des ordures, les riverains expriment leurs inquiétudes face aux conséquences possibles de cette situation sur leur cadre de vie et leur santé.

Un liquide noir descend lentement entre les tas d’ordures de la décharge de Dar-Es-Salam. Il traverse les déchets accumulés avant de poursuivre son chemin vers les alentours du site. Pour plusieurs habitants, ce liquide représente une source d’inquiétude. Ils l’appellent communément « l’acide ». Les spécialistes parlent plutôt de lixiviat, un liquide produit par la décomposition des déchets et le passage des eaux à travers les ordures.

Dans ce quartier de la commune de Ratoma, cette situation fait partie du quotidien. Dès les premières heures de la journée, les camions viennent déverser de nouvelles cargaisons de déchets. Des récupérateurs fouillent les tas d’immondices à la recherche de matériaux recyclables, pendant que les habitants des environs tentent de poursuivre leurs activités malgré les nuisances.
Sur place, les odeurs sont fortes. Par endroits, de la fumée se dégage des déchets brûlés. Les eaux de ruissellement, particulièrement en cette saison des pluies, transportent également des déchets et de la boue vers plusieurs zones proches des habitations.

Pour les riverains, vivre à proximité de cette décharge est devenu une source permanente d’inquiétude. L’adjoint au chef du quartier chargé de l’organisation, Ibrahima Sory Mara, affirme que plusieurs habitants seraient confrontés à des problèmes de santé liés, selon lui, aux conditions environnementales dans la zone.
« Il y a 7 000 personnes qui vivent ici mais 2 à 3 000 personnes sont malades », explique-t-il.Derrière ces chiffres avancés par le responsable local, des familles racontent leurs difficultés quotidiennes. Certains habitants évoquent notamment des problèmes de peau chez les enfants vivant dans le quartier.
« Nous voyons beaucoup d’enfants avec des boutons sur les jambes. Cette situation nous inquiète », témoigne un habitant rencontré sur place.
Dans les familles, la préoccupation est également liée aux fumées et aux mauvaises odeurs qui accompagnent la présence de la décharge. Plusieurs riverains expliquent ressentir des difficultés respiratoires, notamment lorsque les déchets sont brûlés.
Pour mieux comprendre cette situation, les professionnels de santé restent nécessaires afin d’établir un lien scientifique entre les maladies constatées et l’exposition aux déchets. Les spécialistes de l’environnement soulignent toutefois que les décharges mal gérées peuvent représenter des risques pour les populations lorsqu’elles sont proches des zones d’habitation.
Au-delà de la santé des habitants, la question de l’eau préoccupe également plusieurs riverains. Certains craignent que les eaux provenant de la décharge puissent affecter la qualité des puits utilisés dans le quartier.
« Nous avons peur pour l’eau que nous utilisons chaque jour. Nous ne savons pas toujours ce qui arrive avec les eaux qui traversent les déchets », explique un habitant.
Même le cimetière situé à proximité de la décharge n’échappe pas aux inquiétudes. Des habitants affirment que les eaux de ruissellement atteignent certaines parties du site et demandent des mesures pour protéger cet espace réservé au repos des défunts.
Face à cette situation, les autorités ont annoncé des mesures pour trouver une solution durable. Dans un communiqué publié le 8 juin 2026, le ministère de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures a évoqué le projet de déplacement de cette décharge hors de la capitale afin de réduire son impact sur les populations.
Cette initiative a été saluée par les autorités nationales, qui souhaitent améliorer la gestion des déchets dans le Grand Conakry.
En attendant la mise en œuvre de ces solutions, les habitants de Dar-Es-Salam continuent de vivre aux côtés de cette décharge. Entre les odeurs, les fumées et les déchets qui s’accumulent, ils espèrent une intervention rapide pour retrouver un environnement plus sain et plus sécurisé.
Mamadou Lamarana Diallo et Mamadou Oury Diallo, stagiaires pour Laguinee.info.





