Dans un atelier de fortune situé à Horoya 1, secteur Gotokomo, dans la commune urbaine de N’Zérékoré, des hommes et des femmes non-voyants fabriquent des tamis. Les mains se déplacent avec précision, les consignes circulent, chacun connaît son rôle. Ici, le handicap visuel n’a pas arrêté l’ambition, rapporte le correspondant régional de Laguinee.info basé à N’Zérékoré.
Ces artisans sont membres de l’Association guinéenne pour l’autonomisation des aveugles (AGAA). Leur objectif : générer des revenus grâce à leur savoir-faire et réduire leur dépendance à l’aide extérieure.
Créée en 2016 et reconnue officiellement en 2018, l’association mène plusieurs activités, notamment dans l’artisanat, l’agriculture, la musique, l’apprentissage du braille et d’autres métiers destinés aux personnes non-voyantes.
Son président, Amédée Pierre Kolomou, explique que les membres se retrouvent régulièrement pour travailler ensemble. Installés dans différents quartiers de la ville, ils se réunissent selon un calendrier établi. Lors du passage de notre équipe, ils fabriquaient des tamis destinés aux producteurs d’huile rouge, un équipement très utilisé dans la région.
Au-delà de cette production artisanale, l’association développe également la forge, l’aviculture, l’élevage porcin, les pépinières de palmiers à huile et des activités musicales.
Pour Amédée Pierre Kolomou, cette démarche répond à un choix : celui de vivre de son travail.
« Nous avons refusé de rester au bord des routes à tendre la main. Nous avons préféré apprendre des métiers pour vivre de notre travail », explique-t-il.
Selon lui, les revenus issus de ces activités permettent à plusieurs membres de participer aux charges familiales, de financer la scolarité de leurs enfants et de répondre à leurs besoins quotidiens.
Mais les difficultés restent nombreuses. Le manque d’équipements et de financement limite l’évolution des projets. L’association estime notamment que la musique moderne pourrait devenir une importante source de revenus si elle disposait d’un orchestre et d’un moyen de déplacement.
« Si nous avions un orchestre moderne et un moyen de déplacement, nous pourrions assurer nous-mêmes notre subsistance, financer les études de nos enfants et prendre en charge nos dépenses de santé », affirme le président.
La production des tamis connaît également des limites. Malgré une demande importante, l’association ne dispose pas des moyens nécessaires pour augmenter sa capacité de fabrication.
Au fil des années, les membres de l’AGAA disent avoir aussi changé certains regards sur les personnes non-voyantes. Plusieurs d’entre eux vivent en couple et élèvent des enfants.
« Grâce à Dieu, nous avons des enfants. Nos épouses s’occupent du foyer, préparent les repas et accomplissent les tâches ménagères comme dans toutes les familles », témoigne Amédée Pierre Kolomou.
L’association ambitionne désormais de construire un centre régional capable d’accueillir des personnes non-voyantes venues des différentes préfectures. Ce lieu servirait d’espace de formation, de production et de développement d’activités économiques et culturelles.
En attendant la réalisation de ce projet, l’AGAA poursuit ses activités avec le soutien limité dont elle dispose. Ses responsables insistent sur un point : ils ne recherchent pas uniquement l’assistance, mais les moyens de renforcer leur autonomie.
« Celui qui vous donne à manger vous nourrit une seule fois. Celui qui vous apprend à trouver vous-même de quoi vivre vous nourrit pour toujours », résume Amédée Pierre Kolomou.
À N’Zérékoré, ces artisans non-voyants poursuivent ainsi leur combat quotidien : transformer leur savoir-faire en opportunités et leur volonté en indépendance.
De N’Zérékoré, Cécé Kpamou, pour Laguinee.info





