À quelques jours de la fête de Tabaski, le grand marché de Kindia affiche ses habits de fête. Vêtements, chaussures, sacs et accessoires envahissent les étals. Les vendeurs appellent, les clients circulent. Mais cette année, l’affluence ne se traduit pas en achats. Entre le pouvoir d’achat en berne et des prix jugés trop élevés par les uns, insuffisamment rentables par les autres, vendeurs et clients peinent à se retrouver, rapporte le correspondant de Laguinee.info basé dans la ville des agrumes.

Le marché est plein. Les caisses, elles, restent vides. Les allées du grand marché de Kindia retrouvent leur animation d’avant-Tabaski. Les boutiques débordent de marchandises colorées, les vendeurs rivalisent d’appels pour attirer les passants. Mais à y regarder de plus près, quelque chose cloche. Les clients viennent, posent des questions, discutent longuement, puis repartent, souvent les mains vides.

C’est le scénario qui se répète depuis plusieurs jours. Beaucoup de curieux. Peu d’acheteurs. Et des commerçants qui guettent chaque passant avec l’espoir que cette fois, la conversation se terminera par une transaction.
Les vendeurs entre défense des prix et incompréhension

Assise devant ses marchandises, vêtements pour femmes et enfants, une commerçante exprime sa frustration face à une idée reçue qui lui coûte des clients. « Les gens pensent que nous avons augmenté les prix, alors que ce n’est pas vraiment le cas. Les marchandises coûtent presque le même prix que l’année passée. Mais aujourd’hui, les clients n’ont plus assez de moyens », confie-t-elle.
Moussa Camara, vendeur de chaussures, vit la même réalité quotidiennement. Malgré les modèles soigneusement exposés devant son magasin, les hésitations l’emportent sur les décisions d’achat. « Depuis le matin, beaucoup de personnes viennent demander les prix. Certains promettent de revenir, mais peu reviennent réellement acheter », dit-il, résigné mais pas encore décourageé.
Des ménages sous pression
Du côté des habitants de Kindia, le constat est le même, vu de l’autre bord. La Tabaski concentre en quelques jours une accumulation de dépenses, habits pour toute la famille, mouton, préparatifs culinaires, cadeaux, que les budgets, déjà sollicités par les charges quotidiennes, absorbent de plus en plus difficilement. Pour beaucoup, la stratégie est simple : limiter, reporter, prioriser.
Ce n’est pas un refus de célébrer. C’est une arithmétique contrainte, dans un contexte économique que les habitants de Kindia jugent eux-mêmes « de plus en plus difficile ».
L’espoir des derniers jours
Malgré la morosité ambiante, les commerçants du grand marché de Kindia n’ont pas renoncé. L’expérience des années passées leur a appris que la fièvre des achats monte souvent dans les tout derniers jours avant la fête, quand les familles ne peuvent plus repousser l’échéance. Beaucoup tablent sur ce sursaut de dernière minute pour rattraper un début de saison décevant.
En attendant, les discussions autour des prix se poursuivent dans les allées. Chacun défend son intérêt. Les vendeurs leurs marges, les acheteurs leur pouvoir d’achat. Et entre les deux, la fête de Tabaski approche, avec tout ce qu’elle représente d’espoir, de joie partagée et de pression financière silencieuse.
De Kindia, JFK, pour Laguinee.info





