L’ancien ministre guinéen Alhoussein Makanera Kaké a réagi à la lettre ouverte adressée par Dr Faya Lansana Millimouno au président de la transition, Mamadi Doumbouya, dans laquelle le président d’honneur du Bloc Libéral demandait l’interdiction de toute implication partisane des administrateurs publics dans le processus électoral.
Dans une réponse rendue publique ce 8 mai 2026, Alhoussein Makanera Kaké estime qu’« il apparaît qu’une confusion persistante subsiste entre la neutralité de l’institution et le droit à l’engagement politique de l’individu qui la sert».
« L’impartialité n’est pas la dépolitisation »
Dans sa réplique adressée à Dr Faya Millimouno, l’ancien député soutient que « l’impartialité est une exigence fonctionnelle, et non une extinction des droits civiques de l’individu ».
« Qu’il soit ministre ou fonctionnaire, un agent de l’État ne cesse pas d’être un citoyen au moment où il entre dans l’administration », écrit-il.
Selon lui, la neutralité doit concerner « l’acte administratif » et non les convictions personnelles des agents publics.
« La véritable ligne rouge est celle de l’acte administratif. Lorsqu’un cadre de l’administration prend une décision ou rend un service, cet acte doit revêtir un caractère de neutralité absolue. C’est l’action publique qui est neutre, pas la conscience de celui qui l’exécute », affirme-t-il.
« Un droit constitutionnel »
Alhoussein Makanera Kaké défend également le droit des fonctionnaires et responsables publics à exercer des activités politiques.
« Tout fonctionnaire a le droit d’avoir une sensibilité politique, d’adhérer à un parti et de militer. C’est un droit constitutionnel », soutient-il.
L’ancien ministre considère qu’empêcher un cadre de l’administration de s’engager politiquement constituerait « une erreur démocratique majeure ».
« Le ministre est, par essence, un dirigeant politique. Lui demander d’être “neutre” reviendrait à lui demander de ne plus exercer la mission pour laquelle il a été nommé : appliquer une vision politique », écrit-il.
Il estime également que « l’expertise » des cadres administratifs constitue « une richesse pour le débat national ».
Référence aux « grandes démocraties »
Dans son argumentaire, Alhoussein Makanera Kaké fait référence à certains modèles étrangers, notamment la France.
« Dans les grandes démocraties, notamment en France dont notre droit s’inspire, la distinction est limpide. Un ministre ou un haut fonctionnaire peut être engagé, peut diriger un parti et peut être candidat », affirme-t-il.
Selon lui, le droit règle ensuite « les situations de cumul par le régime des incompatibilités », sans remettre en cause le droit à l’engagement politique.
« On ne peut pas demander à un citoyen de renoncer à ses convictions »
En conclusion, l’ancien ministre rejette l’idée d’une exclusion des agents publics du champ politique.
« Vouloir exclure les cadres de l’administration du champ de l’engagement politique sous prétexte de neutralité est une méprise », écrit-il.
« On ne peut pas demander à un citoyen de renoncer à ses convictions pour servir son pays. L’administration est un outil neutre au service de tous, mais elle est animée par des hommes et des femmes qui ont le droit, et parfois le devoir, de s’impliquer dans la destinée politique de leur nation », conclut-il.
Cette réaction intervient dans un contexte de débats autour de la neutralité de l’administration et de l’implication des responsables publics dans les élections législatives et communales prévues le 31 mai 2026 en Guinée.
Laguinee.info





