Dans son rapport sur la liberté de la presse en Guinée, l’organisation Reporters Sans Frontières dresse un tableau préoccupant de la situation des médias dans le pays. Censure de radios et télévisions privées, arrestations arbitraires, enlèvement d’un journaliste toujours porté disparu et pression économique sur les médias indépendants : RSF documente une dégradation continue des conditions d’exercice du journalisme depuis le coup d’État de septembre 2021.
Les promesses n’ont pas été tenues. C’est le constat sans appel que dresse Reporters Sans Frontières sur la liberté de la presse en Guinée.
Selon le rapport de l’organisation, « le régime issu du coup d’État de septembre 2021 n’a pas tenu ses promesses de garantir la liberté de la presse en Guinée. L’année 2024, suivie par l’élection de Mamadi Doumbouya à la présidence fin 2025, a consolidé un tournant dans la répression de la presse privée, avec notamment la censure de médias critiques et l’enlèvement d’un journaliste. »
Un paysage médiatique sous pression
La Guinée dispose pourtant d’un tissu médiatique relativement développé : une soixantaine de radios, une dizaine de chaînes de télévision, une centaine de sites d’information en ligne et une dizaine de journaux imprimés paraissant régulièrement, dont des titres satiriques comme Le Lynx ou des journaux d’information générale comme L’Indépendant.
Mais ce paysage est sévèrement menacé. En mai 2024, quatre radios et deux télévisions privées ont été censurées. RSF qualifie cet acte d’illégal, précisant que « les radios faisaient l’objet de brouillages constants depuis six mois » avant cette décision. En décembre 2023 déjà, la Haute Autorité de la Communication avait retiré trois chaînes de télévision de bouquets télévisuels pour des raisons de « sécurité nationale ». Le rapport note également que « les restrictions d’accès à des sites d’informations indépendants ne sont pas rares ».
La HAC alignée sur les autorités de transition
RSF pointe le rôle de la Haute Autorité de la Communication dans cette dégradation. Selon le rapport, « l’organe de régulation des médias a tendance à s’aligner sur les autorités de la transition et a adopté une ligne plus dure envers les médias critiques ». La même logique sécuritaire a été invoquée par le ministre des Affaires étrangères pour justifier le blocage de l’accès aux réseaux sociaux durant trois mois début 2024, que RSF décrit comme un « problème sécuritaire » avancé par le gouvernement.
Un cadre légal contourné
Sur le plan juridique, la loi sur la liberté de la presse promulguée en 2010 avait constitué une avancée notable en supprimant les peines privatives de liberté pour les délits de presse. Mais RSF constate qu’elle est régulièrement contournée. Le rapport indique qu’« un journaliste a passé un mois et demi en détention avant d’être condamné à six mois de prison avec sursis dans le cadre de son travail en 2024 ».
Sur la loi relative à la transparence, RSF est également sévère : « La loi organique portant sur le droit d’accès à l’information publique et instaurant le principe de transparence n’est toujours pas en vigueur malgré son adoption en novembre 2020. »
Plus de 700 emplois perdus
Les conséquences économiques de ces restrictions sont documentées avec précision. RSF souligne que « les médias de service public sont favorisés aux dépens des médias privés, l’État leur donnant la priorité dans l’accès aux événements officiels et pour effectuer les communications gouvernementales ». Lorsque des médias sont censurés, les annonceurs se montrent frileux. Le rapport chiffre l’impact : « L’interdiction de plusieurs médias critiques en mai 2024 a engendré la perte de plus de 700 emplois dans le secteur de la presse. »
Un journaliste toujours porté disparu
Le point le plus grave du rapport concerne la sécurité physique des journalistes. RSF documente des actes qui vont bien au-delà des pressions administratives. « Les journalistes sont régulièrement victimes d’agressions, d’arrestations arbitraires et de menaces », note le rapport, ajoutant que « les journalistes ayant une liberté de ton peuvent faire l’objet de menaces de mort, de menaces d’enlèvement et sont surveillés voire suivis par les autorités. Certains sont contraints à l’exil. »
La fin de l’année 2024 a été marquée par un événement d’une gravité particulière. RSF documente « l’enlèvement par des hommes armés du journaliste critique Habib Marouane Camara, toujours porté disparu » à ce jour. Une disparition qui demeure sans réponse officielle.
Le secrétaire général du principal syndicat de la presse, Sékou Jamal Pendessa, a pour sa part « passé plus d’un mois en détention pour avoir voulu organiser une manifestation pour la liberté de la presse », selon le rapport. RSF conclut sur un constat amer : ces actes de violence « restent dans l’immense majorité impunis ».
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