Le contentieux autour de la finale de la CAN 2025 prend une tournure de plus en plus frontale. Alors que la Fédération sénégalaise de football (FSF) a officiellement contesté la décision du jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF), les fondements juridiques invoqués par l’instance continentale apparaissent désormais clairement.
Pour justifier le forfait infligé au Sénégal, la CAF s’appuie principalement sur les articles 82, 83 et 84 de son règlement de la Coupe d’Afrique des Nations, relatifs aux retraits et absences d’équipes.
L’article 82 est au cœur de la décision. Il stipule qu’une équipe qui « refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre » est considérée comme perdante et éliminée de la compétition. C’est précisément cette disposition que la CAF a mobilisée pour requalifier les événements survenus lors de la finale.
Les articles 83 et 84 viennent compléter ce dispositif. Le premier encadre les cas d’absence d’une équipe au coup d’envoi, tandis que le second prévoit les conséquences : exclusion de la compétition et défaite sur le score de 3-0 en cas de violation des articles précédents.
Sur le plan réglementaire, la position de la CAF repose donc sur une lecture stricte des textes.
Mais cette lecture est aujourd’hui frontalement contestée par la FSF.
Dans sa lettre adressée au secrétaire général de la CAF, la fédération sénégalaise estime que ces dispositions ont été appliquées de manière abusive. Elle soutient que la situation ne correspond pas à un abandon définitif du match, condition pourtant essentielle pour activer les sanctions prévues par ces articles.
La FSF met en avant un élément central : le rôle de l’arbitre. Selon elle, conformément à la Loi 5 des règles du jeu de l’IFAB, l’arbitre a opté pour une suspension temporaire et non un arrêt définitif. Le match a repris, le penalty a été exécuté, et la rencontre est allée à son terme.
Autrement dit, pour le Sénégal, il n’y a pas eu abandon, mais interruption suivie d’une reprise, validée sur le terrain.
C’est sur ce point précis que se cristallise le différend.
D’un côté, la CAF considère que le départ temporaire des joueurs constitue une violation suffisante pour appliquer l’article 82. De l’autre, la FSF estime que la reprise du match annule toute qualification d’abandon et rend inapplicable le dispositif des articles 82 à 84.
Au-delà de cette divergence d’interprétation, la fédération sénégalaise dénonce également une sanction disproportionnée. Elle juge excessif de retirer un titre continental pour un incident ayant conduit à une interruption d’environ quinze minutes, alors même que l’équité sportive aurait été rétablie par la reprise du jeu.
Dans ce contexte, la FSF a enclenché une riposte juridique. Elle a mis en demeure la CAF de suspendre l’exécution de la décision et annoncé son intention de saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS) dans un délai de 48 heures.
Elle exige également la communication du rapport de l’arbitre et des officiels de match, pièces jugées déterminantes pour la suite de la procédure.
Le dossier entre ainsi dans une phase décisive.
D’un côté, une instance continentale qui s’appuie sur ses règlements pour affirmer son autorité. De l’autre, une fédération nationale qui invoque la souveraineté du terrain et la jurisprudence sportive pour contester la décision.
Entre les deux, une question centrale : comment interpréter un incident de match lorsqu’il est suivi d’une reprise et d’une conclusion sportive ?
C’est désormais au Tribunal arbitral du sport qu’il reviendra, éventuellement, de trancher.
En attendant, une certitude s’impose : la finale de la CAN 2025 ne se joue plus seulement sur le terrain. Elle se joue désormais aussi sur le terrain du droit.
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