Des tensions apparues ces dernières semaines à la frontière entre la Guinée et le Liberia, autour d’activités d’extraction de sable dans le fleuve Makona, se sont apaisées après un dialogue entre les autorités des deux pays. L’information a été relayée par le média libérien Voice of Lofa.
Selon cette source, l’incident s’est produit dans la zone de Sorlumba, près de Foya, dans le comté de Lofa au Liberia. Le différend serait né lorsque l’entreprise BK Enterprise a lancé des travaux d’extraction de sable dans le fleuve Makona, qui sert de frontière naturelle entre les deux États.
D’après les informations rapportées, des soldats guinéens armés auraient traversé le fleuve pour interrompre les travaux et saisir les équipements utilisés sur le site. Les militaires auraient justifié leur intervention en affirmant que le fleuve Makona relève de la souveraineté guinéenne et que toute activité d’exploitation dans cette zone nécessite l’autorisation préalable des autorités de Conakry.
Toujours selon Voice of Lofa, la suspension des activités aurait été ordonnée par le préfet de Guéckédou, le général Kandia Mara.
Une mission d’urgence des autorités libériennes
Face à la situation, le ministre libérien des Affaires intérieures et ministre désigné du Gouvernement local, Francis Sakila Nyumalin, s’est rendu en urgence dans la zone frontalière afin de s’informer sur les circonstances de l’incident.
Accompagné de plusieurs responsables sécuritaires et administratifs, il a rencontré les autorités locales et les forces de sécurité déployées dans la région pour recueillir des informations directes sur les événements.
À l’issue de cette mission, les deux pays ont convenu d’organiser une rencontre bilatérale le 8 mars afin de désamorcer les tensions.
La délégation libérienne comprenait notamment le chef d’état-major des Forces armées du Liberia, le général Davidson F. Forleh, le ministre adjoint de la Justice chargé des services correctionnels Gabriel Nydupellar, l’ambassadeur itinérant Sheikh Al-Moustapha Kouyateh, l’ambassadeur J. Henric Pearson, ainsi que le superintendant du comté de Lofa, J. Lavelah Massaquoi.
Une réunion organisée à Guéckédou
Selon le média libérien, la rencontre s’est tenue dans un bâtiment administratif à Guéckédou, en Guinée, sous la présidence du ministre guinéen de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, le général Ibrahima Condé.
Avant les discussions, les forces de sécurité libériennes ont informé la délégation que le drapeau du Liberia avait été récemment déplacé du poste de contrôle vers les rives du fleuve Makona afin de rendre plus visible la présence du pays dans la zone.
Cette décision aurait toutefois contribué à accroître les tensions, les autorités guinéennes revendiquant non seulement la souveraineté sur le fleuve, mais également une zone d’environ 800 mètres à partir du milieu du cours d’eau vers le territoire libérien.
Arguments historiques évoqués
Au cours de la réunion, les deux parties ont rappelé les relations historiques entre la Guinée et le Liberia, marquées par d’importants échanges commerciaux et des liens culturels et familiaux entre les populations frontalières.
Des notables guinéens auraient également évoqué des références historiques remontant à l’époque de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Selon eux, lorsqu’un fleuve sert de frontière naturelle entre deux États, la souveraineté est attribuée au pays où ce cours d’eau prend sa source.
Le fleuve Makona prenant naissance en Guinée, certains responsables guinéens considèrent ainsi qu’il relève du territoire guinéen.
Des mesures pour apaiser les tensions
Toujours selon Voice of Lofa, la délégation libérienne a accepté de replacer le drapeau national à son emplacement initial au poste de contrôle frontalier afin de réduire les tensions.
Le ministre Francis Nyumalin a également demandé la restitution des équipements saisis et la reprise des activités d’extraction de sable, précisant que ces matériaux sont destinés à des projets de développement au Liberia susceptibles de bénéficier aux communautés des deux côtés de la frontière.
Les autorités guinéennes ont indiqué être favorables, en principe, à la restitution du matériel, mais ont précisé que la décision finale dépendra d’une évaluation technique menée par le ministère guinéen des Mines et de la Géologie.
Retour progressif à la normale
La rencontre s’est conclue par une réception organisée à la résidence du préfet de Guéckédou. La délégation libérienne a ensuite regagné son pays sans incident.
Selon les informations rapportées par Voice of Lofa, le calme est désormais revenu à la frontière de Sorlumba et les échanges commerciaux transfrontaliers ont repris progressivement.
Les autorités des deux pays devraient poursuivre les discussions afin d’éviter de nouveaux incidents et de clarifier les questions liées à l’exploitation des ressources dans cette zone frontalière sensible.
Laguinee.info







