Le Conseil national de la transition a adopté, jeudi 5 mars 2026, deux textes majeurs proposés par le gouvernement : la loi-plan 2026-2040 relative au programme de développement socio-économique durable et responsable « Simandou 2040 » et la loi-programme 2026-2030 du même programme.
Adoptées à l’unanimité lors d’une session plénière tenue en présence de membres du gouvernement, ces lois sont présentées comme la feuille de route destinée à transformer en profondeur l’économie guinéenne d’ici 2040.
Mais derrière l’enthousiasme officiel et les chiffres impressionnants avancés dans le rapport présenté par le rapporteur général du CNT, Fabara Koné, plusieurs questions demeurent et méritent d’être posées.
Une ambition économique spectaculaire… mais à quelles conditions ?
Le programme « Simandou 2040 » annonce une croissance économique moyenne de 10,3 % par an, un produit intérieur brut porté à environ 152 milliards de dollars d’ici 2040, contre environ 35 milliards aujourd’hui, ainsi que la création de plus de cinq millions d’emplois.
Ces objectifs sont-ils réalistes dans un contexte économique mondial instable ?
Quels mécanismes permettront réellement d’atteindre un tel niveau de croissance sur quinze ans ?
Quelles politiques concrètes permettront de transformer ces projections en résultats tangibles pour les populations ?
330 milliards de dollars : qui financera réellement ?
Le coût global du programme est évalué à 330 milliards de dollars sur la période 2026-2040.
Selon les projections présentées au CNT, 126 milliards devraient provenir du secteur privé, 37 milliards des bailleurs internationaux, 61 milliards des fonds souverains, et 105 milliards du budget de l’État.
Mais une question demeure : sur quelles garanties reposent ces engagements financiers ?
Les investisseurs privés sont-ils déjà identifiés ?
Les partenaires internationaux ont-ils formellement confirmé leur participation à ce programme d’une ampleur exceptionnelle ?
122 mégaprojets : comment seront-ils pilotés ?
Le programme prévoit 122 mégaprojets et 39 réformes couvrant 14 secteurs prioritaires, notamment l’agriculture, l’éducation, les infrastructures, l’économie et la santé.
Comment ces projets seront-ils coordonnés ?
Quel dispositif institutionnel assurera leur suivi et leur évaluation ?
Existe-t-il déjà un calendrier détaillé de mise en œuvre pour chacun de ces projets ?
Autre interrogation : quelles seront les garanties de transparence dans la gestion d’investissements aussi massifs ?
Les collectivités locales seront-elles réellement impliquées ?
Les conseillers nationaux eux-mêmes ont jugé nécessaire de rappeler certaines exigences au gouvernement. Ils ont notamment insisté sur le respect effectif de la décentralisation budgétaire, en demandant que les ressources destinées aux collectivités locales soient effectivement reversées.
Cette recommandation soulève une question centrale : les collectivités locales auront-elles un rôle réel dans la mise en œuvre du programme ou resteront-elles de simples exécutantes de décisions prises au niveau central ?
Transparence et redevabilité : les garanties suffiront-elles ?
Les membres du CNT ont également appelé à renforcer la transparence et la redevabilité, notamment par la production régulière de rapports de suivi.
Mais ces rapports seront-ils rendus publics ?
Les citoyens, les médias et la société civile auront-ils accès aux informations sur l’exécution du programme ?
Car au-delà des annonces et des ambitions affichées, la réussite d’un programme aussi colossal dépendra moins des promesses que de la rigueur dans sa mise en œuvre.
En adoptant ces lois à l’unanimité, le CNT a posé un cadre juridique. Mais une question essentielle demeure désormais : les engagements contenus dans ces textes se traduiront-ils réellement par une transformation durable de l’économie guinéenne ?
Attendons 2040 pour les réponses!
Laguinee.info







