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Maintenant que vous avez tout cassé…

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« Pour arranger, il faut déranger », dit-on. À Conakry, cette maxime semble être devenue le mantra officiel. Les bulldozers avancent, implacables, rasant étals, boutiques et petits commerces, au nom d’un « progrès » qui, pour l’instant, ne se mesure qu’en mètres carrés de béton. Mais à quoi sert ce dérangement si, derrière, personne ne prévoit ce que deviendront les familles déplacées, ni où elles iront reconstruire leur vie ?

Maintenant que vous avez tout cassé, que reste-t-il ? Des gravats à la place des étals colorés, des murs éventrés où des générations d’artisans et de petits commerçants avaient bâti leur gagne-pain, et des visages désespérés qui regardent leur monde s’écrouler. Les mères de famille, celles qui vendaient quelques légumes, du poisson ou de petites marchandises, se retrouvent sans moyen de nourrir leurs enfants. Les enfants, eux, assistent à la disparition de leur univers quotidien, et l’on continue de parler de développement comme si le béton pouvait remplacer la sécurité d’un foyer ou la chaleur d’un sourire.

Où seront recasés ces déguerpis ? Cette question cruciale reste sans réponse. Les terrains « alternatifs » promis sont souvent trop éloignés, mal desservis ou simplement inutilisables pour que ces familles puissent reconstruire leur activité. Et pendant ce temps, les lieux rasés se transforment en vitrines glaciales de modernité : parkings, avenues larges, immeubles. Mais pour qui ? Pas pour ceux qui vivaient là et faisaient battre le cœur économique de la ville. Le commerce de rue, moteur discret mais vital de Conakry, a disparu sous le béton.

Oui, on peut déranger pour arranger. Mais à Conakry, ce dérangement a détruit des vies, pas seulement des constructions. Chaque étal, chaque boutique, chaque petit commerce représente des heures de travail, des sacrifices et des rêves. Et ces vies brisées ne figurent dans aucun plan d’urbanisme. Les conséquences sociales et humaines de ce « progrès » sont laissées en suspens : familles déplacées, enfants privés de repères, voisins séparés, communautés fragmentées.

Le développement d’une ville ne peut pas se limiter à des routes larges et des façades impeccables. Il doit se mesurer aussi à la capacité de protéger ses habitants, à leur offrir des solutions avant de leur enlever ce qui leur permet de survivre. Il faut prévoir des espaces alternatifs pour le commerce, proposer des programmes de relogement dignes, accompagner les familles dans cette transition forcée. Sinon, ce « progrès » n’est qu’une façade : du béton froid et impersonnel, et des habitants invisibles.

À Conakry, l’ironie est cruelle : on parle d’embellissement et de modernisation, mais les enfants continuent de se demander où trouver leur prochain repas, et les parents cherchent désespérément un coin pour reconstruire leur vie. Arranger la ville ne devrait jamais se faire au prix de la destruction des vies qui la font vivre.

Le vrai développement n’est pas seulement une question de mètres carrés, d’immeubles ou d’avenues ; il est avant tout humain. Tant que l’on rasera sans réfléchir, déplacera sans accueillir et modernisera sans protéger, Conakry continuera d’être une ville où le béton avance et l’humanité recule.

Maintenant que vous avez fini de tout casser, la question reste : que ferez-vous pour réparer ? Où iront ces familles expulsées ? Que deviendront les enfants privés de repères ? Tant que ces questions resteront sans réponse, le dérangement pour « arranger » ne sera rien d’autre qu’un spectacle cruel, et le vrai progrès… une illusion.

 

Laguinee.info 

 

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