Le Palais du peuple a servi de cadre, ce dimanche, à la 4e édition de la Journée ADLaM, organisée par la structure Sukaabhe ADLaM Windere (Jeunesse ADLaM Môdizle) en collaboration avec ADLaM Guinée. Placée sous le thème « Langues et écritures : héritage et innovation », la rencontre a réuni des acteurs culturels, éducatifs et institutionnels autour d’un objectif central : promouvoir l’écriture ADLaM, renforcer l’usage de la langue pular et valoriser le patrimoine culturel guinéen, a constaté sur place Laguinee.info à travers un de ses journalistes.
La cérémonie a enregistré la présence des doyens de la communauté peule, d’élèves venus de plusieurs régions du pays, d’une délégation de Haali Pulaar, du directeur national adjoint de l’alphabétisation, de la représentante du Premier ministre ainsi que du patron du site Laguinee.info. Une diversité de profils qui témoigne de l’intérêt croissant pour la question des langues nationales et de leurs systèmes d’écriture.
Le programme, riche et varié, a été marqué par des concours entre apprenants d’ADLaM, des prestations de poésie en langue pular, des animations artistiques et culturelles, la commémoration des 300 ans du Fouta théocratique, ainsi qu’un panel de discussions entièrement animé en pular. Autant d’activités pensées pour allier transmission du savoir, expression culturelle et sensibilisation.
L’objectif de cette journée est clairement affiché : attirer l’attention de la jeunesse sur l’importance de la langue pular et encourager l’utilisation du caractère ADLaM pour une écriture correcte et structurée, condition essentielle de sa valorisation et de sa pérennisation.
Vice-présidente d’ADLaM Guinée, Aysha Sow a rappelé la vocation pédagogique et mobilisatrice de l’événement.
« La 4e édition de la journée culturelle Pulaaku est une journée qui rassemble des élèves d’ADLaM partout en Guinée, des meilleurs qui viennent faire une compétition. Les cinq premiers sont primés. Ils font aussi un concours de poésie en pular. Ces activités et autres, nous les faisons chaque année », a-t-elle expliqué, insistant sur la nécessité de stimuler l’apprentissage et l’usage de l’écriture ADLaM chez les jeunes.
ADLaM, un vecteur d’identité et de cohésion
La cérémonie a également été ponctuée par la remise de satisfécits à des personnes engagées dans la valorisation de l’écriture ADLaM. Les prestations des élèves, saluées par le public, ont donné à voir une génération en pleine appropriation de cet alphabet, porteuse d’espoir pour l’avenir d’ADLaM en Guinée et au-delà.
Représentante du Premier ministre, Adama Garanké Diallo a mis en avant la dimension identitaire et sociale de cette initiative, dans un contexte de mondialisation accrue.
« Cette journée est importante pour tout le monde. Aujourd’hui, nous sommes dans un monde où tout se lie et se croise. Il est donc important de garder son identité. Mais garder son identité, ce n’est pas refuser celle des autres. C’est savoir qui on est, d’où on vient. Et la culture, on le sait à travers cette écriture, cette langue ADLaM est un vecteur de paix et de cohésion sociale en Guinée et dans le monde », a-t-elle déclaré.
Visiblement impressionnée par le niveau des apprenants, la conseillère du Premier ministre s’est dite confiante quant à l’avenir.
« Je suis très impressionnée de voir les enfants s’approprier cet alphabet qui est tout nouveau et arriver à participer à un concours à la fois à l’écrit, à l’oral et en questions-réponses. Je me suis dit que c’est le gage d’un futur pas lointain où une pléthore de personnes va parler ADLaM. J’ai été aussi surprise de voir la Constitution guinéenne en ADLaM », a-t-elle affirmé, appelant les institutions nationales et internationales à soutenir ce type d’initiatives, y compris pour d’autres langues nationales comme le N’ko.
Reconnaissance institutionnelle des langues nationales
Présent à la rencontre, le directeur national adjoint de l’alphabétisation, Ibrahima Sory Condé, a rappelé les efforts de l’État en faveur des langues nationales et de leurs systèmes d’écriture.
« Il faut reconnaître qu’ADLaM est devenu une fierté nationale. C’est dans ce même cadre que l’État a reconnu les langues nationales dans la Constitution guinéenne, dans l’enceinte même de ce Palais du peuple. Nous avons travaillé sur la loi organique portant orientation linguistique de la République de Guinée. En tant que promoteurs des langues nationales, nous nous sommes battus pour que les systèmes d’écritures inventés par les Guinéens tels que N’ko, ADLaM, Coré Sebely, etc., soient reconnus par la loi organique », a-t-il souligné.
De son côté, Mamadou Lamine Sow, coordinateur du Cabinet Afrique Éducation et représentant des Éditions Gandal, a insisté sur la portée éthique et sociale de la langue pular.
« À travers le pular se transmettent des valeurs fortes que sont la dignité, la maîtrise de soi, la solidarité, le respect et la parole donnée. Le pular, en tant que code d’éthique, propose une vision profondément humaniste du vivre-ensemble et du rapport à l’autre », a-t-il expliqué, estimant que cette vision est portée, chacune à leur niveau, par les Éditions Gandal et le Cabinet Afrique Éducation.
«Il doit être soutenu…»
Intervenant à son tour, le vice-président de la délégation spéciale de Mamou, Ciré Diallo, a plaidé pour un accompagnement plus soutenu des pouvoirs publics.
« J’invite chacun de nous, au-delà des promesses et des beaux discours, à aller à l’action concrète. ADLaM mérite mieux aujourd’hui. Il doit être soutenu, non pas par une question de communauté pular, mais pour aider toute la Guinée », a-t-il déclaré.
Il a également lancé un appel direct au ministre de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation.
« Je lance un appel au ministre Alpha Bacar Barry de porter un regard à ces différentes langues, pas seulement ADLaM mais à toutes les autres. Je demande à l’État de nous aider à construire le siège d’ADLaM à Mamou, un projet qui peine à finir. Cela permettra à ADLaM de s’identifier à travers la Guinée », a-t-il insisté.
Habillés en tenues traditionnelles, participants et artistes ont donné à cette journée une dimension à la fois festive et symbolique. Au-delà des discours et des prestations, cette 4e édition de la Journée ADLaM s’est imposée comme un moment fort de promotion culturelle, de réflexion identitaire et d’apprentissage linguistique, au service de la diversité et de la cohésion guinéennes.
IAC, pour Laguinee.info







