spot_img
spot_img
spot_imgspot_imgspot_imgspot_img
spot_img

Libre opinion: Féministe ou détresse sociale( Abdoulaye Wansan Bah)

spot_imgspot_imgspot_img

À LIRE AUSSI

Il n’est pas rare d’observer sur les réseaux sociaux des sorties de piste imputables à une frange de femmes se réclamant du féminisme, mais dont le discours semble davantage relever d’une détresse personnelle que d’une tradition intellectuelle solidement établie. Sous un manteau idéologique souvent troué, ces prises de position reposent sur une réfutation globale de la masculinité, sur le rejet de toute expression masculine du désir, de l’autorité ou de la responsabilité, et vont jusqu’à disqualifier des institutions structurantes comme le mariage, la conjugalité ou la complémentarité sociale.

 

Dans cette rhétorique, l’homme, pris dans son entièreté, est érigé en symbole du mal, non par analyse rigoureuse, mais par amalgame émotionnel.

 

Or, cette posture est étrangère au féminisme tel qu’il a été conçu, porté et incarné par ses grandes pionnières à travers le monde. Mary Wollstonecraft, dans A Vindication of the Rights of Woman (1792), ne s’attaquait pas aux hommes, mais à l’exclusion des femmes de l’éducation et de la citoyenneté. Simone de Beauvoir, avec Le Deuxième Sexe (1949), analysait les mécanismes sociaux de la domination sans jamais appeler à la négation de l’homme. Ces femmes, chacune à leur manière, ont pensé l’émancipation comme un projet d’équilibre, de responsabilité et de liberté partagée.

La plus belle expression du féminisme ne fut d’ailleurs jamais la confrontation verbale, mais l’excellence silencieuse et transformative.

 

Marie Curie demeure l’illustration la plus achevée de ce féminisme accompli : scientifique d’exception, double prix Nobel, épouse, mère, elle n’a jamais eu besoin d’ériger l’homme en ennemi pour faire rayonner la femme. À ses côtés, des figures comme Hannah Arendt, Florence Nightingale ou Rosa Parks ont démontré que l’élévation de la femme passe par la contribution au progrès humain, non par la destruction symbolique de l’autre.

La Guinée elle aussi a connu, et connaît encore, des féministes au sens plein, noble et structurant du terme. Des femmes qui n’ont ni crié leur combat ni diabolisé l’homme, mais qui ont œuvré, patiemment et courageusement, à l’élévation de la société tout entière. Le Docteur Mariama Djelo Diallo, par son engagement médical et social, a incarné un féminisme du soin, du savoir et du service.

Hadja Saran Dalaba, figure morale et sociale respectée, a porté la voix des femmes dans l’espace public avec dignité, responsabilité et sens de l’équilibre. La maman Fatou Bangoura, à travers son rôle éducatif et communautaire, représente ce féminisme enraciné, discret mais déterminant, qui construit des générations entières sans jamais renier la complémentarité entre l’homme et la femme.

Ces femmes n’ont pas cherché à déconstruire l’homme pour exister ; elles ont choisi d’élever la femme pour renforcer la société. Leur féminisme n’était ni une posture ni une revendication identitaire, mais une pratique quotidienne de la responsabilité, de la transmission et de l’exemplarité.

Quant à celles qui s’expriment aujourd’hui dans une virulence extrême, il serait injuste et contre-productif de les combattre ou de les rejeter. Bien souvent, il ne s’agit pas d’un féminisme doctrinal, mais de ce que l’on peut qualifier de féminisme de détresse, ou encore de cri existentiel travesti en idéologie. Ce sont des femmes marquées par des blessures intimes, des drames personnels ou des états de désillusion profonde.

À celles-là, la société ne doit ni opposer la stigmatisation ni la violence verbale, mais l’écoute, l’accompagnement et la solidarité. Il faut leur tenir la main, leur rappeler que le féminisme est une communion et non une confrontation, qu’il vise le scintillement de la femme et non le déclin de l’homme.

En définitive, le féminisme authentique ne prospère ni dans la haine ni dans l’opposition ontologique entre les sexes. Il s’épanouit dans la reconnaissance mutuelle, la responsabilité partagée et la conviction que l’émancipation de la femme et la dignité de l’homme ne sont pas des trajectoires concurrentes, mais des destins solidaires, appelés à construire ensemble une société plus juste, plus humaine et plus équilibrée.

 

Abdoulaye Wansan Bah

- Advertisement -
spot_img
spot_img
spot_img

ECHO DE NOS RÉGIONS