Sous un soleil clair et un ciel presque printanier, le stade Général Lansana Conté de Nongo vibrait ce samedi 17 janvier au rythme de la ferveur populaire. Des milliers de Guinéens, jeunes et moins jeunes, étaient venus assister à la prestation de serment de Mamadi Doumbouya, élu président de la République à l’issue du scrutin du 28 décembre 2025 avec 86,72 % des voix.
Les tribunes étaient parsemées de drapeaux aux couleurs nationales et de banderoles proclamant l’espoir d’un nouveau départ. Parmi la foule, on entendait des murmures d’anticipation et des exclamations enthousiastes. Pour beaucoup, ce moment sonnait la fin de l’ère de transition et le début d’un mandat qui devra répondre aux attentes concrètes des Guinéens.
Un serment sous haute solennité
La cérémonie, organisée par la Cour suprême, a été ponctuée par la lecture du rôle d’audience et les observations du procureur général Sidy Souleymane Ndiaye. Puis, dans un silence recueilli, Mamadi Doumbouya a levé la main droite et prononcé son serment : « Moi, Mamadi Doumbouya, Président de la République élu, je jure devant Dieu et devant le peuple de Guinée… de respecter et faire respecter la Constitution… de préserver la paix et l’unité nationale… de ne jamais recourir au pouvoir pour des fins personnelles. »
Ses mots, portés par l’émotion de la foule et la solennité de l’instant, résonnaient comme un engagement à gouverner pour tous, au-delà des clivages politiques et des rancunes passées. La scène rappelait que la transition était terminée et qu’une nouvelle page venait de s’ouvrir pour la Guinée.
Des délégations étrangères, venues de Mauritanie, du Gabon, de Gambie, du Rwanda, du Mali, du Sénégal, du Libéria, du Ghana, du Nigeria et même de Chine, étaient présentes. Leur présence traduisait l’importance politique et diplomatique de l’événement et le rôle central de la Guinée dans la stabilité de l’Afrique de l’Ouest.
La fin de la transition : un pays en attente de résultats
Avec l’investiture, la Guinée quitte l’ère de transition. Les décisions ne peuvent plus être justifiées par l’urgence ou les circonstances exceptionnelles. La population attend des résultats concrets. L’heure n’est plus aux discours : elle est au travail et à la délivrance de promesses tangibles.
Pendant la transition, Mamadi Doumbouya a été critiqué, parfois injustement, parfois de manière virulente. Les attaques ont pris diverses formes : polémiques médiatiques, accusations dans la sphère publique et critiques politiques. Mais ces épisodes appartiennent désormais au passé. Pour la population, ce qui compte désormais, ce sont les actes et leur impact sur la vie quotidienne.
L’emploi : la priorité immédiate
Dans les rues de Conakry et dans les quartiers périphériques, la question de l’emploi est omniprésente. Les chiffres officiels évoquent un taux de chômage de 5 %, mais sur le terrain, le quotidien raconte une réalité bien différente. Jeunes diplômés, artisans et commerçants font face à des difficultés persistantes. Les emplois formels restent rares et la précarité domine l’économie informelle.
Pour répondre à cette urgence, le nouveau mandat devra miser sur :
Le soutien aux petites et moyennes entreprises, moteurs essentiels de l’emploi local.
La promotion de l’entrepreneuriat, notamment pour les jeunes et les femmes.
Le développement de l’agro-industrie et des filières rurales, afin de créer des emplois durables en dehors des grandes villes.
L’adaptation de la formation professionnelle aux besoins réels du marché.
La simplification des procédures pour attirer investisseurs nationaux et étrangers.
L’enjeu est clair : redonner espoir et dignité à une jeunesse guinéenne qui attend de voir sa vie transformée par des actes concrets.
Sécurité et cohésion : sentir l’État partout
Les Guinéens attendent également que l’État se fasse sentir sur le terrain. Les défis sont multiples : criminalité urbaine, insécurité routière, tensions locales et faible présence de l’État dans certaines zones rurales. Les citoyens veulent des forces de sécurité visibles, disciplinées, proches des populations et capables de prévenir les conflits avant qu’ils n’explosent.
La sécurité n’est pas seulement une question de patrouilles : c’est aussi la confiance que les populations peuvent avoir dans leur État. Sans cette confiance, toute réforme ou initiative économique restera fragile.
Gouverner au‑dessus des rancunes : dépasser le passé pour bâtir l’avenir
Entrer dans un mandat électif ne signifie pas simplement occuper le bureau présidentiel ; c’est porter le poids des blessures, rancunes et tensions héritées de la transition. Gouverner au‑dessus des rancunes signifie transformer les critiques et les attaques passées en leçons constructives, plutôt qu’en obstacles.
Pendant la transition, Mamadi Doumbouya a peut-être été blâmé et parfois calomnié. Certaines décisions ont été mal comprises, certaines actions critiquées, et les débats politiques ont souvent été exacerbés par la polarisation. Mais désormais, il ne peut pas rester prisonnier du passé. Gouverner au‑dessus des rancunes implique plusieurs dimensions :
1. Cohésion nationale : les conflits d’hier ne doivent pas dicter les relations d’aujourd’hui. La réconciliation et l’inclusion sont essentielles pour unir le pays.
2. Confiance dans les institutions : les Guinéens doivent sentir que l’État agit pour tous, sans favoritisme ni vengeance.
3. Développement économique et social : les rancunes freinent les réformes et l’investissement. Les dépasser permet de mobiliser toutes les compétences et ressources pour le bien commun.
4. Paix sociale : canaliser les frustrations passées vers le dialogue et l’action constructive garantit la stabilité et la participation de tous au développement national.
Gouverner au‑dessus des rancunes est donc un acte de courage et de vision. C’est reconnaître que la nation vaut plus que toute revanche personnelle.
Mobiliser toutes les compétences et assainir l’entourage
La réussite du pays dépendra aussi de la capacité du président à mobiliser les meilleurs talents, indépendamment de leur affiliation politique. Économistes, ingénieurs, chercheurs, enseignants et entrepreneurs, certains en opposition, doivent pouvoir contribuer. L’inclusion de compétences diverses est la condition d’un mandat efficace.
L’entourage présidentiel doit également être vigilant : il faut identifier ceux qui gravitent autour du pouvoir pour des intérêts personnels et les écarter. Flatteries excessives, manipulation d’informations et isolement du président par rapport à la réalité sont autant de risques pour la gouvernance.
Education, santé et infrastructures : préparer l’avenir
Pour bâtir un pays solide, il faudra investir dans l’éducation, la santé et les infrastructures. Les écoles doivent accueillir tous les enfants avec des enseignants bien formés. Les hôpitaux doivent offrir des soins accessibles et de qualité. Les routes, l’électricité, l’eau et la connectivité numérique sont essentiels pour relier le pays et créer des opportunités économiques. Ces investissements sont la pierre angulaire du développement durable et de la prospérité pour tous.
Diplomatie et rôle régional
La Guinée joue un rôle central en Afrique de l’Ouest. La présence des chefs d’État étrangers à l’investiture rappelle que le monde observe chaque pas du pays. La diplomatie économique et politique est un outil pour attirer des investissements, renforcer la stabilité régionale et affirmer la crédibilité de la Guinée sur la scène internationale.
Le travail commence maintenant
La cérémonie de serment était un moment symbolique. Mais le mandat commence par l’action concrète. Les défis sont nombreux : emploi, sécurité, administration, éducation, santé, infrastructures et diplomatie. Le chiffre officiel de 5 % de chômage ne reflète pas la réalité vécue par les Guinéens ; ils attendent des solutions immédiates et durables.
La transition est derrière nous. Le président est désormais élu pour tous. La Guinée a besoin de décisions courageuses, inclusives et rapides. Le travail réel commence aujourd’hui, et c’est de sa capacité à relever ces défis que dépendra l’avenir du pays.
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