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Radié de la fonction publique, le magistrat Gogana Kaman dénonce une décision qu’il juge « plus dure que la peine capitale »

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Le magistrat Kaman Gogana, radié de la fonction publique par décret du président de la République, le général Mamadi Doumbouya, est sorti de son silence. Dans une déclaration rendue publique, il exprime son profond désarroi face à cette décision qu’il estime particulièrement lourde de conséquences sur les plans professionnel, personnel et moral.

Dès l’entame de son message, l’ancien magistrat décrit l’ampleur du choc ressenti. « Une décision qui me frappe durement comme un coup de foudre, lourdement comme une grosse pierre tombante du ciel, elle remet en cause ma citoyenneté, les sacrifices consentis pour ma nation, les nuits blanches pour mes décisions en dépit des multiples anicroches », écrit-il.

Poursuivant sa déclaration, il compare sa radiation à « un réveil brusque d’une personne qui rêve » et à l’image de « retirer le sein de la bouche d’un bébé au moment où il pleure ». Développant cette métaphore, il ajoute : « Le sein d’une femme ne sert pas que d’ornement ou de nourriture pour son bébé, mais une communion entre le bébé et sa mère. La nourrice ne se nourrit pas pour survivre, elle se nourrit pour pouvoir nourrir son bébé. »

Pour Kaman, cette sanction dépasse largement le cadre administratif. « Je compare ma radiation au supplice suprême, à la plus grosse sentence qu’un condamné à mort peut subir ; c’est le coup de sifflet avant la faute, c’est plus que le taureau d’airain, plus dur que la peine capitale, plus dur que l’écorchement, c’est une mort avant la mort, c’est la crucifixion mentale de l’homme et la vente aux enchères en l’absence du client », affirme-t-il.

L’ancien magistrat estime également que cette mesure le prive de tout ce qui constituait son quotidien professionnel. « Par ce décret, j’ai été privé de mon stylo, de mon bureau, de ma robe de magistrat, de mon sceau ; je n’ai plus le droit d’interroger, d’auditionner, de rechercher la vérité judiciaire, je n’ai plus le droit de me confronter à un avocat, d’examiner un procès-verbal de police », regrette-t-il.

Malgré cette radiation, Kaman affirme rester attaché aux principes de la magistrature. « J’ai servi l’État et je garderai pour toujours le secret des délibérations et des votes. Je me comporterai en digne et loyal magistrat même après ma radiation, peu importe les circonstances et les motifs de ma radiation », assure-t-il.

Le magistrat considère par ailleurs que le décret présidentiel a profondément affecté son existence. « Le décret qui me radie ne m’a pas que sanctionné, il a tué un jeune, tué sa famille, détruit sa réputation, sa carrière, sa vision de la justice, son regard, son honorabilité, sa dignité et sa survie », soutient-il.

Dans la dernière partie de sa déclaration, Kaman évoque la liberté d’expression des magistrats. « Enfin, je n’ignore plus que la liberté d’expression professionnelle du magistrat prévue par le statut est désormais un piège, voire même le mythe de la caverne », affirme-t-il.

En conclusion, l’ancien magistrat remercie les nombreuses personnes qui lui ont manifesté leur soutien depuis l’annonce de sa radiation. « Merci à toutes et tous pour vos messages de soutien, je me porte bien et j’espère reprendre un jour ma robe », conclut-il.

Laguinee.info

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