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Automédication en Guinée : entre difficultés d’accès aux soins et risques pour la santé

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En Guinée, de nombreux citoyens choisissent de se soigner sans consulter un professionnel de santé. Par manque de moyens, par habitude ou pour éviter les longues attentes dans certaines structures sanitaires, ils achètent directement des médicaments en pharmacie ou auprès de vendeurs. Une pratique qui facilite l’accès aux soins, mais qui comporte également des risques pour la santé.

Face à une douleur ou à certains symptômes, plusieurs personnes préfèrent d’abord chercher une solution par elles-mêmes. Dans les quartiers, il n’est pas rare de voir des citoyens acheter des médicaments sans ordonnance, en fonction de leurs connaissances ou de traitements déjà utilisés dans le passé.

Cette pratique, appelée automédication, consiste à prendre des médicaments sans l’avis préalable d’un médecin ou d’un professionnel de santé. Elle est souvent motivée par plusieurs facteurs : le coût des consultations, les difficultés d’accès aux structures sanitaires, les habitudes familiales ou encore la volonté de gagner du temps.

Fatoumata Baïlo Diallo fait partie de ces personnes qui ont régulièrement recours à cette méthode. Elle explique acheter certains médicaments lorsqu’elle ressent des douleurs ou des malaises:

« Les médicaments que j’achète le plus souvent sont le Doliprane, le Roipar et des produits contre les douleurs musculaires. Je les achète sans ordonnance, dans une pharmacie ou chez un vendeur de médicaments », explique-t-elle.

Selon elle, cette pratique s’explique principalement par les difficultés rencontrées lors des consultations médicales:

« Quand tu vas à l’hôpital, on te fait attendre avant la consultation, et après on te demande de payer cher. Alors, lorsque les symptômes réapparaissent, je me fie à une ancienne ordonnance et j’achète les médicaments en fonction de la douleur », poursuit-elle.

Comme Fatoumata Baïlo Diallo, Barry Ibrahima Sory affirme également avoir recours à l’automédication pour certains problèmes de santé:

« Je prends souvent du paracétamol pour les maux de tête, parfois aussi d’autres produits pour les douleurs articulaires ou lombaires. Quand je pense avoir le paludisme, j’achète les médicaments correspondants. Mais quand la maladie devient trop grave, je suis obligé d’aller dans un centre de santé », témoigne-t-il.

Pour certains citoyens, le choix de se soigner à domicile est aussi lié aux difficultés financières. Ramatoulaye explique que ses moyens limités l’empêchent parfois de consulter régulièrement:

« Je n’ai pas assez de moyens et je ne peux pas aller à l’hôpital chaque fois. Quand les douleurs me semblent supportables, je me soigne à la maison », explique-t-elle.

Dans les quartiers, cette demande est également constatée chez certains vendeurs de médicaments. Ils affirment que plusieurs produits sont régulièrement recherchés par les clients, notamment le paracétamol, les solutions de réhydratation orale, certains médicaments contre les douleurs musculaires et des traitements utilisés contre le paludisme.

Dans une pharmacie située à Kouria Centre, un pharmacien reconnaît recevoir des clients qui arrivent sans ordonnance:

« Certains m’expliquent leurs douleurs et je leur propose des médicaments. D’autres connaissent déjà le nom du produit qu’ils veulent acheter et je le leur donne », explique-t-il.

Mais derrière cette facilité d’accès se cachent plusieurs risques. Selon les professionnels de santé, prendre un médicament sans diagnostic précis peut entraîner des conséquences importantes. Une personne peut utiliser un traitement inadapté, mal respecter la dose recommandée ou masquer les symptômes d’une maladie plus grave.

L’automédication peut également favoriser certains problèmes liés à la mauvaise utilisation des médicaments, notamment l’échec des traitements ou l’apparition de résistances pour certains médicaments.

Pour les spécialistes, la sensibilisation des populations reste essentielle. Ils recommandent de consulter un professionnel de santé avant toute prise de médicament, particulièrement lorsque les symptômes persistent ou s’aggravent.

En Guinée, l’automédication apparaît donc comme le résultat d’une réalité complexe : d’un côté, des citoyens qui cherchent des solutions rapides face aux difficultés d’accès aux soins ; de l’autre, des risques sanitaires qui nécessitent davantage de prévention et d’information.

Tant que les obstacles liés au coût, à l’accès et à la disponibilité des services de santé ne seront pas suffisamment réduits, cette pratique continuera probablement d’occuper une place importante dans les habitudes de nombreux Guinéens.

 

Ramatoulaye Yacine Baldé, Stagiaire pour Laguinee.info 

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