spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Hadja Andrée Touré, la voix de la paix et la mémoire vivante s’en est allée (Par Aboubacar Sylla)

spot_imgspot_imgspot_img

À LIRE AUSSI

Hélas ! A son tour, Hadja Andrée Touré s’en est allée, rejoignant aussi la longue procession des héros, des martyrs, des femmes et des hommes d’exception dans le silence de l’éternité et qui ont servi leur époque, leur pays et écrit parfois au prix de lourds sacrifices, les plus belles pages de l’histoire. La toute première dame de la République a rendu son dernier souffle en début d’après-midi de ce mercredi 8 juillet à Rabat, au Royaume du Maroc au terme d’un long combat contre l’âge, puis la maladie.

En cela, sa disparition nous rappelle, avec une poignante gravité, l’extrême fragilité de la condition humaine, où la vie n’est souvent qu’un vaste mirage et la mort, un inexorable et douloureux dénouement. Telle est en effet, la loi implacable de la destinée humaine : naître, grandir, aimer, servir, espérer, bâtir, puis un jour s’en aller, laissant derrière soi que souvenirs, œuvres et empreintes indélébiles d’une existence. Heureusement, s’il est vrai que les hommes passent, il n’en demeure pas moins que les grandes destinées elles, survivent au temps et traversent les générations auxquelles elles murmurent des sagesses intemporelles et interpellent les consciences et habitent la mémoire reconnaissante des peuples.

Ainsi, jusque sur le chemin de l’ultime voyage, au terme d’une longue et laborieuse odyssée, Hadja Andrée Touré sera demeurée fidèle à elle-même et à ses convictions, nous léguant ainsi une admirable fin de parcours et une belle leçon de vie : celle de vivre et de mourir le cœur léger, en paix avec sa conscience et réconciliée avec les autres.

Elle s’en va donc, comme elle a toujours vécu : sans rancune, sans ressentiment et sans haine envers quiconque. Comme si elle avait voulu nous épargner le tumulte de son départ, elle s’est abandonnée, avec une sérénité désarmante aux desseins de la Providence, faisant ses adieux aux siens et à la Nation, loin de sa Guinée natale. Stoïque, digne et presque victorieuse tout au long de son existence face aux épreuves, aux vicissitudes et aux injustices de la vie, elle n’aura finalement cédé que sous le poids inexorable des années et vaincue que par l’inéluctable loi de la condition humaine, la faucheuse à laquelle nul mortel ne saurait se soustraire.

Au cours de sa longue existence, 92 années, ce furent autant de printemps que d’hiver, Hadja Andrée Touré aura traversé les heures de gloire comme les temps d’épreuves, connu les lumières autant que les ombres, les victoires aussi bien que les revers, les combats autant que les souffrances. Mais, jamais elle se sera laissée abattre. Avec une force d’âme remarquable, elle aura choisi de demeurer debout, de mener ses combats avec dignité et loyauté, de rester inébranlablement fidèle à ses convictions et à ses principes. Jusqu’à son dernier souffle, elle sera demeurée une infatigable militante de la paix de l’unité et de la concorde entre les filles et les fils de la Guinée.

La fille du Milo, née en un heureux jour de l’année 1934, croisa un jour, au gré des hasards de la vie, le chemin du jeune syndicaliste de l’époque Sékou Touré. De cette rencontre naquit une profonde affection qui la conduisit à s’unir à lui par les liens du mariage, en dépit des pesanteurs sociales et des préjugés de l’époque qui laissaient peu augurer du succès d’une telle union.

Et en sa qualité de Première dame, bien que demeurée d’une discrétion exemplaire, elle assuma avec dignité, honneur et sérénité les hautes responsabilités attachées à son rang. Aux côtés du Président Ahmed Sékou Touré, elle prit part aux grands rendez-vous du monde, de Washington à Pékin, de Moscou aux autres capitales de l’histoire contemporaine. Mais, au-delà du prestige des cérémonies et des honneurs, elle ne se départit jamais de son engagement en faveur des causes justes.

Puis, vint malheureusement le temps des épreuves, avec la chute du premier régime. Commencèrent alors pour elle et les siens les années de douleur et de privations : les travaux forcés, la prison, puis le long et âpre exil qui la conduisit successivement en Côte d’Ivoire, au Sénégal, puis au Maroc, loin de sa Guinée natale. Mais face à l’adversité, Hadja Andrée Touré ne céda jamais au découragement ni au cynisme. Avec une dignité admirable, une patience inébranlable et une résilience exemplaire, elle traversa cette longue nuit de son existence sans jamais vaciller. Au terme d’un éprouvant périple, jalonné de souffrances, de hauts et de bas, elle finit par être rétablie dans ses droits, refermant ainsi ce chapitre douloureux de son existence.

Dans nos villes et dans nos campagnes, dans nos palais et dans les chaumières, et pour le Guinéen d’en haut comme celui d’en bas, pour les puissants comme pour les humbles, la disparition de Hadja Andrée Touré est non seulement un moment de deuil, de recueillement mais aussi et surtout de célébration d’une vie exceptionnelle, entièrement dévouée à ses semblables, à son pays et aux causes de la paix. Hadja Andrée Touré nous enseigne de faire le choix de demeurer utile et d’agir en tout, envers et contre tous, conformément à la vertu et aux idéaux de fraternité.

Dans l’attente des hommages de la Nation reconnaissante, qui viendront saluer sa mémoire et son parcours, au mausolée de la Camayenne, aux côtés de son époux, feu Ahmed Sékou Touré, ou en quelque lieu de cette terre bénie de nos ancêtres ou elle trouvera sa dernière demeure, puisse son parcours, sa voix et son souvenir continuer d’éclairer et d’inspirer les générations à venir. Puisse-t-elle, dans la sérénité de l’éternité, être le témoin bienveillant de la poursuite de notre longue marche collective vers le progrès, la justice et la prospérité.

 

Dors en paix Hadja !

Aboubacar SYLLA

Député élu

Président de l’UFC

- Advertisement -
spot_img
spot_img
spot_img

ECHO DE NOS RÉGIONS