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Affaire Hadya : la défense déçue après l’appel du parquet contre la mise en liberté des prévenus

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Ce mercredi 10 juin 2026, l’audience devant le Tribunal de première instance de Dixinn s’est soldée par un rebondissement inattendu. Alors que le président du tribunal avait accordé la liberté à l’artiste Hadiatou Bah, dite Hadya, et aux créateurs de contenus Ahmed Saadate Diallo et Mamadou Alpha Baldé, le parquet a immédiatement relevé appel contre cette décision. Les trois prévenus retournent en détention. L’affaire est renvoyée au 17 juin prochain.

La liberté était là, à portée de main. Le parquet a dit non. Et ils sont repartis en prison.

Un appel du parquet qui annule la mise en liberté

La décision de mise en liberté prononcée par le président du tribunal était considérée comme une victoire par la défense. Mais le procureur de la République en a décidé autrement, en relevant appel dans les instants qui ont suivi. En droit, cet appel suspend l’exécution de la décision, ce qui signifie concrètement que les trois prévenus n’ont pas pu sortir de prison et y retournent dans l’attente de la prochaine audience fixée au 17 juin 2026.

La colère de la défense

Me David Béavogui, l’un des avocats de la défense, n’a pas caché son amertume au sortir de l’audience.

« C’est une déception dans la mesure où le procureur de la République vient de relever appel contre la décision de mise en liberté du président du tribunal. Donc nos clients ne sortiront pas de prison. Nous allons continuer de nous battre », a-t-il déclaré.

Il a soulevé un argument juridique de fond sur la durée de la détention.

« Démontrer au procureur que leur détention au-delà de quatre semaines est une violation de l’article 465 du Code de procédure pénale. Nous sommes en matière de flagrant délit. »

« Un dossier vide » selon la défense

Sur le fond, Me Béavogui a contesté point par point les charges retenues contre ses clients.

Sur le proxénétisme : « Les propos que Hadiatou a tenus n’ont jamais été prouvés. Il n’y a pas de victime, il n’y a pas de plaignant. »

Sur l’atteinte à l’ordre public : « En quoi les propos qui ont été publiés ont troublé l’ordre public ? La tranquillité publique, la salubrité publique ? Il n’y en a pas. C’est un dossier vide.»

L’avocat a également soulevé une question de droit sur l’applicabilité des textes utilisés pour poursuivre ses clients.

« Il faut que le procureur comprenne qu’on ne peut pas détenir des journalistes sur la base de la loi ordinaire. Il faut une loi spéciale. Ils ont appliqué l’article 32 de la loi sur la cybercriminalité et le Code pénal. Ça ne se doit pas. »

Me Béavogui a conclu sur un appel au parquet : « Nous estimons que les jours à venir, il va se réviser et il va désister de son appel pour que nos clients retrouvent leur liberté. »

L’affaire Hadya illustre une tension persistante entre liberté d’expression et normes pénales dans l’espace numérique guinéen. Que les charges tiennent ou non devant la justice, la détention prolongée de créateurs de contenus pour des propos tenus en ligne soulève des questions sur les limites de la répression judiciaire des discours numériques. Le 17 juin dira si le parquet maintient sa position ou choisit d’y renoncer.

 

Ismaël Sam, pour Laguinee.info

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