Le ministère public a requis, ce mercredi 10 juin 2026, une peine de 10 ans d’emprisonnement ferme contre l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Mohamed Lamine Bangoura, ainsi que contre ses deux coaccusés, Amadou Diallo et Sidiki Sylla, devant la Chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). La décision a été mise en délibéré au 27 juin 2026.
Les prévenus sont poursuivis pour des faits présumés de détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et complicité. Mohamed Lamine Bangoura est détenu à la Maison centrale de Conakry depuis le 15 décembre 2022. Ses deux coaccusés, Amadou Diallo, ancien vice-président de la Cour constitutionnelle, et Sidiki Sylla, ancien directeur des affaires financières, sont en fuite. Un mandat d’arrêt a été décerné contre eux le 7 novembre 2025.
Des montants litigieux de plusieurs milliards
Selon l’accusation, les faits concernent 20 milliards de francs guinéens correspondant au budget alloué à la Cour constitutionnelle durant leur gestion, 15 milliards destinés à l’organisation des élections de 2020, ainsi que 9 milliards représentant des rétrocommissions présumées sur les loyers du bâtiment abritant l’institution à l’époque des faits.
À l’audience, Lancinet Kanko Kourouma, ancien greffier de la Cour constitutionnelle et partie civile, a expliqué ses griefs. « En 2019, il y a eu le rappel salarial qui a été versé sur le compte de la Cour constitutionnelle dont j’étais le greffier. Je lui reproche d’avoir refusé mon salaire malgré toutes les démarches entreprises. Je lui réclame un montant de 1 milliard 887 millions 250 mille francs guinéens ainsi qu’un montant de 1 milliard 650 millions de francs guinéens à titre de dommages et intérêts », a-t-il déclaré.
Mohamed Lamine Bangoura a rejeté toute responsabilité. « La Cour constitutionnelle ne paie pas les salaires. Les salaires sont versés par les services centraux. Je n’ai aucune possibilité de m’impliquer dans le processus de paiement des salaires. Ce rappel n’a jamais été payé », a-t-il soutenu.
Des réquisitions fermes
Premier à prendre la parole, l’Agent judiciaire de l’État, Me Pépé Antoine Lamah, a estimé que les infractions reprochées étaient suffisamment établies. Il a affirmé que l’ancien président n’avait produit aucun justificatif concernant l’utilisation des 20 milliards de budget ni des 15 milliards alloués aux scrutins de 2020. Il a également mis en cause les loyers du siège, qui seraient passés de 8 à 11 milliards par an, ainsi que l’acquisition d’un duplex à Nongo et d’un immeuble à Dakar. Il a demandé la condamnation des trois prévenus au paiement de 41 milliards de francs guinéens au profit de l’État.
Le ministère public a requis la déclaration de culpabilité des trois prévenus, 10 ans d’emprisonnement ferme contre chacun, une amende de 50 milliards de francs guinéens, la confiscation de l’ensemble de leurs biens au profit de l’État et la mise sous gestion de ces biens par l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC).
La défense plaide l’absence de preuves
Les avocats de la défense ont contesté l’ensemble des accusations. Me Fasciné Soumah a soutenu que le dossier ne contenait aucun élément matériel permettant d’établir les infractions reprochées. « Mon client est en détention préventive depuis bientôt quatre ans. Peut-on détourner de telles sommes à la Cour constitutionnelle sans que personne ne s’en aperçoive ? Ce dossier est vide. Nous demandons à la Cour de renvoyer Mohamed Lamine Bangoura des fins de la poursuite pour délit non constitué », a plaidé l’avocat.
Prenant la parole pour sa propre défense, l’ancien président de la Cour constitutionnelle s’est montré bref : « Je m’en remets au jugement de Dieu. »
La Chambre de jugement de la CRIEF a mis l’affaire en délibéré au 27 juin 2026.
Laguinee.info





