Le Groupe de travail des Nations Unies sur les disparitions forcées a appelé les autorités guinéennes à révéler la localisation des proches de l’artiste et opposant Élie Kamano, disparus depuis novembre 2025. Saisi par le cabinet d’avocats français Bourdon & Associés, l’organe onusien estime que ces disparitions pourraient constituer des représailles liées aux activités politiques de l’opposant en exil. Ses avocats réclament une pression internationale accrue.
L’affaire franchit les frontières guinéennes pour atteindre les instances onusiennes.
Saisi le 21 novembre 2025 par le cabinet d’avocats français Bourdon & Associés, le Groupe de travail des Nations Unies sur les disparitions forcées ou involontaires s’est penché sur le cas des proches d’Élie Kamano, artiste et opposant guinéen vivant en exil. Les experts de l’ONU estiment que les disparitions de ses enfants et d’un de ses proches pourraient constituer des actes de représailles ciblées, en lien avec les prises de position critiques de l’opposant contre le régime en place. Face à l’absence totale d’informations sur leur sort, l’ONU appelle les autorités guinéennes à révéler leur localisation, à garantir leur sécurité et à les libérer sans délai.
Pourquoi avoir saisi l’ONU ?
Maître Vincent Brengarth, du cabinet Bourdon & Associés, explique que la saisine onusienne a été rendue nécessaire par l’absence totale de réponse des autorités guinéennes. « À l’époque, nous nous étions tournés vers les autorités guinéennes pour demander des explications et obtenir des éléments, mais nous n’avons reçu aucune réponse à nos différentes correspondances. C’est pour cette raison que nous avons estimé nécessaire de saisir des juridictions internationales, dont l’ONU. D’autant plus que nous disposons d’un certain nombre d’éléments nous permettant de penser que le régime est derrière l’enlèvement des enfants d’Élie Kamano. Dans ces conditions, il est impensable d’imaginer pouvoir bénéficier d’une justice indépendante », a-t-il déclaré à Deutsche Welle.
« La pression internationale est aujourd’hui indispensable »
Face au déni persistant des autorités guinéennes, Me Brengarth dit miser sur la pression internationale pour obtenir des résultats. « Il est aujourd’hui indispensable que les autorités guinéennes, puisqu’elles ne parviennent pas à agir d’elles-mêmes, soient soumises à la pression d’instances et de juridictions internationales pour leur rappeler ce que doit être le respect du droit. Lorsqu’il n’y a pas d’enquête interne réelle, nous sommes contraints de demander que des comptes soient rendus au niveau international », a-t-il affirmé.
Il souligne la gravité des termes utilisés par les experts onusiens : « Ce qui est particulièrement marquant dans la communication des experts de l’ONU, c’est la suspicion d’un enlèvement lié aux activités politiques d’Élie Kamano, avec notamment une déclaration très forte : « instrumentaliser des enfants comme levier et leur causer un préjudice irréparable constitue une violation flagrante. » »
Des options judiciaires supplémentaires à l’étude
Si les autorités guinéennes maintiennent leur position de déni, les avocats n’excluent aucune piste. « Aujourd’hui, toutes les options sont envisageables. Nous réfléchissons à d’autres initiatives judiciaires et, de manière générale, nous n’abandonnerons pas. Nous ne lâcherons jamais, car ce que des autorités autoritaires peuvent rechercher, c’est une forme de désorganisation : que les victimes renoncent à la justice nationale comme internationale, afin de garantir une impunité totale », a averti Me Brengarth.
Un père brisé, mais déterminé
Interrogé sur l’état d’esprit de son client, l’avocat brosse le portrait d’un homme meurtri mais résolu. « C’est quelqu’un de déterminé, mais aussi profondément affecté. Il l’est, car ses enfants ont disparu et, depuis novembre 2025, il est sans nouvelles d’eux. Bien sûr, qui ne le serait pas face à une telle situation, face à la disparition de ses enfants ? », a-t-il confié.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte guinéen marqué, selon Deutsche Welle, par une recrudescence préoccupante des disparitions forcées depuis 2024, touchant des militants, des journalistes et, de plus en plus, les familles des opposants au régime de transition.
Laguinee.info





