L’ancien chef d’État guinéen Moussa Dadis Camara a de nouveau accusé Cheikh Yérim Seck, ancien journaliste de Jeune Afrique, d’avoir tenté de monnayer sa couverture médiatique en échange d’une rémunération trimestrielle de 500 000 dollars. Des accusations qui refont surface dans le contexte de la polémique entre le journaliste sénégalais et le gouvernement guinéen actuel.
L’histoire se répète. Ou plutôt, elle ressurgit. Dans une déclaration publiée récemment, Moussa Dadis Camara, ancien président de la République de Guinée, est revenu sur des faits qui remontent à sa prise du pouvoir, il y a plus de quinze ans. Ses accusations contre Cheikh Yérim Seck, ancien journaliste vedette de Jeune Afrique, sont précises et circonstanciées.
« Il m’a dit : je vais laver votre image. Mais pour cela, il me faut 500 000 dollars par trimestre »
Dadis Camara décrit une rencontre survenue peu après son accession au pouvoir. « Cet homme, dès la prise du pouvoir, a surgi dans mon bureau et s’est présenté à moi. Il est journaliste de Jeune Afrique et je l’ai bien reçu », relate-t-il, avant de poursuivre. « Je l’ai bien écouté, j’ai gardé patience, je lui ai dit : qu’est-ce que vous voulez en réalité ? Il m’a dit : « Non, je vais laver votre image. Mais pour cela, il me faut un contrat afin que vous puissiez, par trimestre, me donner 500 000 dollars, euros, c’est pratiquement la même chose. » »
Selon lui, son refus aurait immédiatement déclenché une couverture négative dans les colonnes de Jeune Afrique. « Aussitôt, il est allé faire des articles où il a essayé de me calomnier. Il a dit du n’importe quoi sur moi. C’est en ce moment que j’ai compris qu’il était en train de gâter le nom de Jeune Afrique. »
Des accusations déjà anciennes, confirmées par un témoin ivoirien
Ces accusations ne sont pas nouvelles. Dès septembre 2009, lors d’une rencontre avec des agents de la presse ivoirienne au camp Alpha Yaya Diallo, Dadis Camara avait déjà qualifié Cheikh Yérim Seck d’escroc, affirmant que le journaliste lui aurait proposé un marché dans lequel Jeune Afrique produirait des articles favorables à la Guinée en échange d’une rémunération allant de 300 000 à 500 000 euros sur une base trimestrielle.
Un journaliste ivoirien, Félix Bony, s’est présenté comme témoin oculaire de la scène et a confirmé les accusations. Selon son récit, il se trouvait à Conakry pour un reportage lorsqu’il a croisé Cheikh Yérim Seck sortant fâché du bureau de Dadis Camara. Le lundi suivant son retour à Abidjan, il a découvert dans Jeune Afrique un portrait dévastateur de Dadis Camara. « Et là Yérim, j’ai compris sa colère. Jeune Afrique s’est déversée sur Monsieur pour avoir refusé de prendre la facture », a rapporté senenews.com dans un article publié le 15/05/2021 à 19:22
Ibrahim Traoré également concerné, selon Dadis
Dans sa déclaration récente, l’ancien président guinéen élargit le périmètre de ses accusations. Il affirme que les mêmes pratiques auraient été tentées auprès du président burkinabé Ibrahim Traoré, qui aurait lui aussi réagi. « C’est une forme d’escroquerie. Comme c’est son grenier, c’est le même qui vient voir en Guinée, il demande à voir le président Doumbouya », ajoute-t-il.
Un contexte de polémique avec le gouvernement guinéen actuel
Ces accusations ressurgissent dans un contexte tendu entre Cheikh Yérim Seck et les autorités guinéennes. Le journaliste avait récemment affirmé dans une tribune que le président Mamadi Doumbouya serait atteint d’un cancer en phase terminale, ce que le gouvernement guinéen avait formellement démenti, qualifiant ces propos de « diffamation ». Le ministre porte-parole Ousmane Gaoual Diallo avait alors averti que « toute accusation doit être prouvée et assumée devant les juridictions compétentes ».
Laguinee.info







